D’un côté, des djihadistes déterminés à commettre un attentat. De l’autre, d’inoffensifs opposants au régime de Bachar el-Assad. L’écart s’est encore creusé entre la défense et le Ministère public, au quatrième et dernier jour du procès de quatre Irakiens accusés de participation et de soutien à groupe lié à l’Etat islamique.

Jeudi, c’était au tour des avocats des deux derniers accusés, Mohammed et Abdulrahman, d’entrer en scène devant le Tribunal pénal fédéral (TPF). Comme pour les deux premiers, la défense rejette ces charges et plaide l’acquittement. Les avocats réclament des indemnisations pour le tort encouru par leurs clients, en détention préventive depuis deux ans.

Coup de théâtre en milieu de journée, au cours des débats, la Cour des affaires pénales du TPF a annoncé qu’elle se réservait la possibilité d’appliquer l’ordonnance adoptée en octobre 2014, qui interdit en Suisse l’organisation Etat islamique et les groupes qui y sont apparentés. Or les avocats affirment que ce texte ne s’applique pas aux faits reprochés à leurs clients, qui concernent une période antérieure à l’ordonnance. Pour l’avocat du principal accusé, Remo Gilomen, c’est n’est rien d’autre qu’une tentative de «sauver le cas».

L’avocat de Mohammed, Andreas Damke, conteste même que l’on puisse qualifier l’Etat islamique (EI) d’organisation criminelle. Au moment où son client se serait, selon le Ministère public, lié avec des membres de ce groupe, ce qu’on appelle «EI» n’était «qu’un clan dans une guerre civile», dit-il.

L’élément central sur lequel divergent les deux parties concerne l’interprétation à donner aux conversations des accusés via Facebook et Skype, pièce majeure de l’enquête. L’avocat estime que l’accusation repose sur «du vent».

Ainsi Mohammed, par exemple, dans une conversation sur Facebook avec Abu Hajer, un chef présumé de l’EI, affirme qu’il compte «ouvrir une filiale de l’entreprise» en Suisse. Selon le Ministère public, il parle d’une cellule terroriste. L’avocat rétorque quant à lui que son client, croulant sous les dettes, tentait d’emprunter de l’argent à une connaissance.

Quant à l’avocat du quatrième accusé, Daniel Schütz, il n’hésite pas à parler de «vision orwellienne de l’accusation» qui confond selon lui un opposant au régime de Bachar el-Assad avec un terroriste. Son client ne soutient l’armée syrienne libre qui combat contre le despote de Damas.

«Tout cela ne m’impressionne pas», a rétorqué la procureure. Les avocats, dit-elle en substance, tordent la réalité en fonction de ce qu’ils cherchent à démontrer. Ainsi dans leur bouche, certaines conversations entre les accusés ne seraient que plaisanteries ou mensonges, tandis que d’autres prouveraient au contraire la véracité de leurs thèses.

Il ne fait aucun doute aux yeux de la procureure que les quatre accusés ont utilisé un langage codé en vue de planifier un attentat, tenté de faire entrer des membres de l’EI en Europe. «L’organisation savait qu’elle disposait en Suisse d’individus qu’elle pouvait actionner». Le verdict sera rendu le 18 mars.