Dans un document daté du 15 février, visé par le Conseil fédéral, le Département de la défense (DDPS) établit une projection des dépenses militaires pour les années 2001-2005. Le document est censé éclairer le gouvernement sur les finances à moyen terme du DDPS, alors qu'est publié ce mardi sur Internet le Plan directeur d'Armée XXI, qui, lui, ne contient pas d'informations financières.

Le DDPS entend augmenter la part des investissements au détriment des coûts d'exploitation. Il fonde ses projections sur une enveloppe constante de 4,3 milliards de francs (4,5 milliards de francs en 2005). Sans doute devra-t-il réaménager sa copie puisque le Conseil fédéral l'a chargé d'examiner une variante à 4 milliards de francs pour 2003, année qui marquera le début de la mise en œuvre d'Armée XXI.

Aujourd'hui, les coûts d'exploitation absorbent 60% des dépenses militaires: soit 1,2 milliard pour les personnels et 1,45 milliard en dépenses de fonctionnement. Le solde (40%: 1,65 milliard) est alloué aux investissements (armement). Le DDPS veut réduire ce déséquilibre en consacrant 45% des dépenses aux investissements, soit 2 milliards de francs par an. La réforme Armée XXI, avec ses réductions des effectifs et du nombre des arsenaux, lui en fournit l'occasion.

Voici, par secteurs, les projections d'épargne et d'augmentation du DDPS, le but à atteindre étant ici une dépense militaire globale de 4,3 milliards de francs.

Economies:

–250 millions de francs dans le secteur du personnel affecté à la logistique;

–150 millions dans le secteur du personnel adminsitratif;

–70 millions dans le secteur de l'entretien;

–30 millions dans le secteur de la munition;

–200 millions dans le secteur des acquisitions non liées à l'armement.

Augmentations:

+80 millions pour les soldats professionnels et les soldats sous contrats;

+420 millions pour l'armement.

En additionnant économies et augmentations, on obtient un solde négatif de 200 millions de francs. Ce faisant, le DDPS estime consentir un effort: il montre la voie à suivre pour passer de 4,5 milliards de francs à 4,3 milliards. Mais le Conseil fédéral lui demande plus: de descendre à 4 milliards. «S'y résoudrait-il qu'il serait capable de retrancher 300 millions non pas des dépenses d'exploitation, comme cela serait souhaitable, mais des investissements. Et ce, afin de ne pas avoir à couper davantage dans les postes du personnel», craint un fonctionnaire fédéral.

Aperçu saisissant

Le document du DDPS donne un aperçu saisissant de ce que pourrait coûter une brigade (Armée XXI en comptera six au moins) si – mais ce ne sera pas le cas – elle devait être en permanence à l'état opérationnel à des fins d'instruction: 1,1 milliard de francs, dont 40% à 50% en charges d'exploitation.

La volonté du DDPS est grande de moderniser son secteur armement. Dans le document daté du 15 février, il énumère les domaines où investir: les systèmes de reconnaissance et de commandements aux échelons opératif et tactique; les véhicules d'infanterie (chars de grenadiers et autres), de ravitaillement, de déminages, etc.; l'aviation, les missiles air-sol et sol-air. Le DDPS prévoit d'investir «ces prochaines années» 8 milliards de francs dans l'armement.