Votation

Les défenseurs du droit d’asile sont divisés sur la réforme

Opération Libero et les membres de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés estiment que la révision de la loi constitue une amélioration. Un collectif ne partage pas cet avis

Même journée, même souci de défendre le droit d’asile en Suisse, mais des positions contraires sur la révision soumise au peuple le 5 juin. Mardi à Lausanne, un collectif réuni sous la bannière «Sauvegarde du droit d’asile» présentait ses arguments contre ce qu’il qualifie de nouveaux «durcissements». Quelques heures plus tard à Berne, plusieurs organisations nationales ont fait une autre pesée d’intérêts et développé les raisons de leur soutien à une réforme qui, selon elles, apportent aussi des améliorations.

La révision concoctée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga vise à raccourcir les procédures en menant la première phase dans des nouveaux centres gérés par la Confédération. Avantage, selon ses défenseurs: les requérants sont mieux encadrés dès leur arrivée et bénéficient d’un conseil juridique. Ceux qui méritent protection sont rapidement fixés sur leur sort et peuvent entamer leur processus d’intégration dans la société, tandis que les déboutés quittent le territoire plus rapidement.

Le comité qui a lancé «L’appel pour la sauvegarde du droit d’asile», signé par 350 personnes et présidé par Yves Brutsch, estime entre autres que les délais de recours sont trop courts et parle d’un «simulacre d’aide juridique». Il rappelle également que cette révision permet de pérenniser certaines mesures urgentes contre lesquelles la gauche et les organisations s’étaient naguère opposées, comme la suppression des demandes d’asile dans les ambassades et l’exclusion définitive de la qualité de réfugiés pour les déserteurs.

En face, les membres de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), à savoir Caritas, Amnesty International, l’OSEO, l’EPER, l’Armée du salut et l’Union suisse des comités d’entraide juive, auxquels se joint Opération Libero, ont conscience de certains «durcissements» de la révision. Mais les représentants des organisations impliqués ont tour à tour soulevé les points positifs et se disent rassurés par les résultats de l’expérience pilote menée à Zurich. Ils rejoignent ainsi l’ensemble des partis favorable à cette révision, contestée par la seule UDC qui a lancé le référendum.

Série d’améliorations

Pour le conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD), président de l’OSEO, la nouvelle procédure permettra d’identifier immédiatement les personnes vulnérables, dont nombre de mineurs, de traiter prioritairement leur demande, de leur venir en aide et de scolariser les enfants dès leur arrivée dans les nouveaux centres fédéraux. Comme l’EPER, Amnesty international salue la protection juridique dont bénéficieront tous les requérants.

«Amnesty international a connaissance de nombreux cas où une personne, victime de torture, n’a pas bénéficié d’une aide adéquate à son arrivée. Placée dans un canton ne possédant pas non plus de structures adaptées, elle finit par recevoir une réponse négative à sa demande d’asile, confirmée par la suite», raconte Manon Schick, directrice suisse de l’organisation internationale. Et de poursuivre: «Nous avons pu intervenir pour récupérer certains dossiers. Mais à l’avenir, ce genre de situations pourra être évité».

Caritas et l’Armée du Salut ont mis l’accent sur quelques avantages économiques et pratiques. Dans de nombreux cas, les déboutés seront renvoyés directement depuis les nouveaux centres fédéraux, ce qui soulagera cantons et communes dont on connaît les difficultés à trouver des foyers d’hébergement, relève Daniel Röthlisberger, directeur de l’œuvre sociale de l’Armée du salut. Marianne Hochuli, membre de la direction de Caritas, rappelle qu’une personne, rapidement assurée de pouvoir rester en Suisse, s’intègre mieux, participe à la vie collective et aura plus de chance de trouver un travail et d’éviter d’être dépendante plus tard de l’aide sociale.

Opération Libero, mouvement politique créé après l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse et qui s’est fortement impliquée dans la campagne contre l’initiative de mise en œuvre pour le renvoi effectif des criminels étrangers, veut faire avancer ce dossier et s’en prend une nouvelle fois frontalement à l’UDC, l’accusant de mener une «politique d’obstruction».

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