Lorsqu’il s’agit de prendre des décisions en matière hospitalière, le Grand Conseil neuchâtelois a la fâcheuse tendance à perdre la raison. Mardi soir, après plus de quatre heures de débats souvent stériles, faisant ressortir les frustrations et les rancœurs, ceux qui crient à la trahison du plan stratégique voté en 2013 et s’affichent comme défenseurs de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds ont fait échouer un décret qui devait pourtant cautionner 20 millions d’investissements… sur le site hospitalier chaux-de-fonnier.

Le parlement était appelé à entériner trois décrets susceptibles d’assainir un tant soit peu le bilan financier inquiétant de l’Hôpital neuchâtelois (HNE), dont le Conseil d’administration a refusé de valider le budget 2015 par trop déficitaire. Ces décisions techniques s’inscrivent dans le cadre très troublé de la stratégie hospitalière, ratifiée en 2013 par le Grand Conseil puis par le peuple, qui prévoit un équilibre des missions entre les hôpitaux de La Chaux-de-Fonds et Pourtalès à Neuchâtel. Or, découvrant qu’une telle option allait coûter très cher – le parlement n’a pas voté le moindre franc pour financer sa stratégie – et que le personnel soignant allait manquer, le Conseil d’Etat a décidé de tout remettre à plat. Suscitant la colère dans les Montagnes neuchâteloises, colère exprimée aussi au Grand Conseil.

Finances calamiteuses

La stratégie n’était pourtant pas l’objet soumis au parlement, appelé à résoudre un autre problème majeur d’HNE, sa situation financière calamiteuse. Parce qu’il n’a pas été doté d’un capital à sa création en 2006, HNE a ainsi hérité d’une dette de 350 millions qu’il ne parvient pas à amortir dans les délais. Sans compter que sa trésorerie courante manque de liquidités.

Le gouvernement a préparé un lot de trois décrets afin de permettre à HNE de ne pas être mis en faillite. Le premier prévoit un cautionnement de 152,5 millions de francs qui doit permettre à HNE de renouveler des emprunts bancaires existants. Il s’est trouvé trois députés de gauche, visiblement partisans de la tactique de la terre brûlée, pour refuser le cautionnement étatique, malgré tout accepté. Le deuxième crédit, de 16,6 millions, provisionné par le canton en 2013, doit permettre à HNE de combler une partie du retard de ses amortissements. Il a lui aussi passé la rampe.

Le débat s’est focalisé sur le troisième décret concernant le cautionnement étatique des investissements hospitaliers. Dans une première mouture datant de l’automne 2014, le Conseil d’Etat proposait 37 millions, dont une petite vingtaine pour retaper le vétuste hôpital de La Chaux-de-Fonds. En janvier, Laurent Kurth décidait de geler toute transformation des unités de soins chaux-de-fonnières, dans l’attente de leur affectation définitive. Un gel justifié également par le montant incertain des travaux, qui aurait largement dépassé les 37 millions.

20 millions pour du matériel médical à La Chaux-de-Fonds

Mais le Conseil d’Etat a maintenu un paquet d’investissements pour une vingtaine de millions, pour l’achat de matériel médical, principalement pour l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, et en particulier du matériel d’imagerie. Au Grand Conseil, une minorité de députés, principalement de gauche, mais quelques-uns émanant aussi de l’UDC et du PLR, a défendu bec et ongles le cautionnement à 37 millions. Mais elle a été battue (58-47).

Cette minorité, vexée, a ensuite refusé un décret qui avait besoin de la majorité qualifiée des trois cinquièmes du parlement pour être entériné. Or, il ne s’est trouvé que 63 députés pour le ratifier, il en aurait fallu 69. Résultat, l’Etat ne cautionnera pas les investissements de l’Hôpital neuchâtelois. Ceux qui voulaient un cautionnement à 37 millions ont fait capoter la version à 20 millions, préférant de fait qu’il n’y ait pas d’investissement.

Les défenseurs de l’hôpital généraliste de La Chaux-de-Fonds ont-ils, de fait, contribué à sa perte d’attractivité? Nombre d’observateurs ont fait, mardi soir au Château de Neuchâtel, cette déconcertante interprétation.