La Suisse est loin d’être le paradis de la corruption, au sens pénal du terme. Elle figurait à la troisième place de l’index des pays les moins corrompus de Transparency International en 2017, ex æquo avec la Norvège et la Finlande, nos voisins si souvent idéalisés.

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Il en va hélas tout autrement de la transparence de la vie publique: seizième sur dix-neuf pays européens examinés par le même organisme, un score «médiocre». Dans ce domaine, c’est le financement des partis et le flou qui règne chez les lobbyistes qui sont régulièrement mis en cause.

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Quelques affaires nous ont aussi rappelé à quel point les élus apprécient les «petits privilèges». Les voyages de Pierre Maudet financés par la famille princière d’Abu Dhabi, les tournées de champagne de Guillaume Barazzone «malencontreusement» payées avec la carte de crédit de la ville, le soutien financier du milliardaire Frederik Paulsen à la campagne de Géraldine Savary.

Derrière chacun de ces épisodes burlesques, la même question: jusqu’où un élu peut-il accepter un avantage sans laisser planer le soupçon d’un retour d’ascenseur? Quiconque est soumis aux mêmes tentations, cadre d’entreprise ou représentant des médias, devrait d’ailleurs s’infliger cet examen de conscience. Il ne s’agit pas de militer pour un «flicage généralisé» mais de défendre la morale et la démocratie.

Comme notre enquête le démontre, la révélation de ces dérapages incite à davantage de prudence. Dans les entreprises, on édicte de nouveaux codes de conduite. Chez les élus, on y réfléchit à deux fois avant d’accepter soirées privées ou séjours à l’hôtel tous frais payés. C’est une bonne nouvelle.

On peut postuler que, dans leur grande majorité, les politiciens sont intègres, guidés par la loyauté et le sens de l’Etat. Mais il en faut désormais beaucoup plus pour convaincre que ces incidents de parcours ne sont pas, en réalité, de mauvaises habitudes.

Souvent cité en exemple, le modèle suédois de l’offentlighetsprincipen, principe de transparence qui fait de l’éthique et de l’exemplarité des valeurs non négociables, n’est pas la panacée. Il pousse des ministres tricheurs à la démission, mais il permet aussi de connaître le revenu et le patrimoine de son voisin.

A court terme, l’initiative populaire sur la transparence déposée par le PS, les Verts et le PBD permettra un débat nécessaire, notamment durant la campagne des élections fédérales, pour faire de la Suisse un pays où le politicien, s’il n’est pas génétiquement honnête, le sera au moins sous la contrainte.