«Nous maîtrisons l'impact!» L'expression est revenue à plusieurs reprises mardi dans la bouche de la ministre genevoise des Finances, Micheline Calmy-Rey, partagée entre colère et fierté et qui présentait les comptes 2000 de l'Etat de Genève.

Il n'allait pas de soi, en effet, d'intégrer dans les comptes une provision de 2,7 milliards pour les risques liés aux crédits de la Banque Cantonale Genevoise transférés à la Fondation de valorisation, alors que le montant ordinaire des charges courantes est de 5,79 milliards. Prévues au budget avec un excédent de charges de 276 millions, les finances genevoises 2000 bouclent avec un léger boni de 21,3 millions, hors provisionnement pour la BCGE, respectivement de 10,6 millions après attribution à la réserve conjoncturelle. Et cela pour la deuxième fois depuis dix ans.

Le résultat serait donc excellent, s'il n'était précisément annihilé par la provision de 2,7 milliards que le Conseil d'Etat a voulu passer en une seule fois. On aura donc deux comptes, un compte de fonctionnement courant, et des résultats consolidés qui se soldent avec des charges disproportionnées de 2,68 milliards. La perte la plus élevée de l'histoire genevoise, toutefois sans hausse des impôts ou restrictions sur les services publics. D'autant que l'impact des affaires de la BCGE sur les finances cantonales ne s'arrête pas là: participation à l'augmentation de capital (217 millions), avance sur les frais de fonctionnement et les charges financières de la Fondation de valorisation, en tout plus de 300 millions qui, eux, figurent dans les comptes ordinaires. Pour maîtriser l'impact sur les finances du canton, il a donc fallu à la conseillère d'Etat un peu de chance, découlant d'une économie genevoise pétant la forme, beaucoup de rigueur comptable et fiscale, mais surtout une volonté de fer.

La bonne santé de l'économie genevoise s'est traduite, l'an dernier, par une augmentation de 8,3% de l'impôt sur l'impôt et la fortune des personnes physiques (2,7 milliards) et de 13% sur le bénéfice et le capital des personnes morales (0,9 milliard). Et cela malgré une diminution de 7% de la pression fiscale pour les contribuables. Le président du gouvernement Carlo Lamprecht parle de la création de plus de 6000 emplois depuis 1996 et d'une augmentation de la population de 13 000 personnes depuis 1998.

Un pari sur l'avenir

La rigueur comptable, c'est une croissance des charges (+6%) inférieure à celle des revenus (+6,3%) et une politique stricte de couverture des dettes, notamment fiscales, irrécouvrables. Parallèlement, l'administration fiscale fait de gros efforts de recouvrement d'arriérés et d'amélioration de la base de données, ce qui explique en partie la hausse de 43% du revenu de l'impôt des sociétés depuis 1998.

Enfin, en inscrivant en une seule fois le montant de 2,7 milliards au passif du bilan, le Conseil d'Etat fait à la fois un pari sur l'avenir et la démonstration de sa volonté de transparence. Il s'agit en effet d'une charge non monétaire qui a pour conséquence d'augmenter le découvert de l'Etat. Ce montant évoluera selon les pertes liées à la revente des objets détenus par la Fondation. Cette façon de faire, en une seule fois, donne ensuite toute liberté à la Fondation pour réaliser les immeubles, sans craindre que l'Etat ne puisse assumer les pertes. Les résultats des futurs comptes de fonctionnement ne seront pas touchés. Mais il y aura toutefois des effets sur les liquidités de l'Etat et donc, indirectement sur la dette. Enfin, le montant de 2,7 milliards correspond à la fourchette la plus haute du risque évalué par la Fondation.

Mais il reste que l'affaire de la BCGE aura pesé lourdement sur les finances cantonales, alors que Genève doit assumer la plus lourde dette des cantons suisses: 9,5 milliards, ce qui représente 168% des recettes de fonctionnement alors que la moyenne suisse est nettement inférieure à 100%. Or, si le Conseil d'Etat n'avait pas eu sur les bras l'affaire de la BCGe, il aurait pu diminuer la dette de 400 millions au moins, contre une diminution effective de 100 millions seulement l'an dernier. On comprend la colère de Micheline Calmy-Rey.