Il s’ouvrira lundi prochain dans un climat très émotionnel. Le procès de Claude D., accusé d’avoir enlevé, séquestré et assassiné la jeune Marie, au lendemain de ses 19 ans et à quelques kilomètres de Payerne, va faire remonter toute l’indignation que suscitent, à juste titre, les récidives violentes dans l’opinion publique. Ces débats ne seront toutefois pas à l’abri de possibles débordements et d’inévitables frustrations. Car le sort des délinquants dangereux est un sujet toujours aussi brûlant, propice à tous les excès et source de grande confusion.

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Bien que le procureur général du canton de Vaud cultive encore le mystère sur ses intentions au moment du réquisitoire, la question d’un internement à vie va forcément planer sur cette affaire hors du commun. Cette mesure, la plus radicale prévue par le droit des sanctions, acceptée par le peuple et les cantons en 2004, entrée en vigueur en 2008 après une longue gestation visant à la rendre compatible avec la Convention européenne des droits de l’homme, rassure tous ceux qui pensent qu’il faut verrouiller à double tour l’avenir carcéral des grands prédateurs et jeter la clé.

Le prononcé de cette mise à l’écart extrême s’avère toutefois être un exercice quasi-impraticable. Celui-ci nécessite notamment l’avis de deux experts indépendants attestant d’une dangerosité sans fin et sans traitement possible. Or, une majorité de psychiatres se refuse à des prédictions définitives sur un terme aussi long. Dans cette affaire, deux approches vont tout de même s’affronter autour de la notion d’incurabilité avec le risque d’accroître encore l’incompréhension et la méfiance de la société envers les médecins de l’âme ou les acteurs du monde judiciaire.

Dans ce contexte ultrasensible, où la fièvre publique risque de grimper à tout moment, il faut encore expliquer que les pires des criminels peuvent déjà finir leurs jours en détention sans besoin d’un internement à vie. Une peine de prison à perpétuité permettrait à elle seule de garder indéfiniment le bourreau de Marie derrière les barreaux- à l’instar des presque trente ans déjà purgés par le sadique de Romont- si sa sortie présente des risques évidents. Un internement ordinaire, à durée indéterminée, sert aussi à protéger la population de la récidive des plus imperméables au traitement.

Mais on l’a déjà vu dans d’autres grands procès, les explications semblent toujours insuffisantes pour rassurer ceux qui se méfient de l’examen régulier et parfois trop optimiste de l’autorité. C’est un des défis lancés aux juges du Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois. En plus de ceux consistant à tenir la haine à l’extérieur du prétoire et à juger l’auteur d’actes monstrueux sans pour autant le déshumaniser.