Micheline Calmy-Rey est en campagne et elle le dit. En visite à Bruxelles lundi pour un déjeuner de travail avec Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère, la cheffe du DFAE a réitéré devant la presse ses arguments sur le vote du 26 novembre qui doit approuver le milliard de francs alloué par la Confédération aux nouveaux pays membres de l'UE.

«Ce n'est pas sur une somme d'argent que les Suisses sont appelés à voter, mais sur un processus politique: celui des bilatérales», a-t-elle répété avant de s'envoler de Bruxelles pour Zoug, où elle devait s'exprimer en soirée. «L'UE nous garantit une aire de stabilité sans précédent. Je n'ose imaginer les réactions que susciterait un refus du côté de la Pologne ou de la République tchèque...». Organisé à l'initiative de Javier Solana, ce déjeuner de travail entre les deux délégations diplomatiques était annoncé comme «informel». Il n'inaugure pas non plus, a tenu à préciser la ministre, «des rencontres régulières». Mais bien que la politique extérieure suisse soit autonome, «l'exploration des possibles coopérations s'impose», selon Micheline Calmy-Rey.

Lundi, les dossiers du Kosovo, du Moyen-Orient, du nucléaire iranien et du Conseil des droits de l'homme de l'ONU étaient au menu. D'un commun accord avec son interlocuteur, la ministre a reconnu que l'idée un temps évoquée d'une conférence internationale sur l'épineux dossier iranien, à l'initiative de la Confédération, n'est plus d'actualité: «Le dossier est devant le Conseil de sécurité des Nations unies. L'heure est à une résolution», a-t-elle expliqué, tout en répétant l'importance de «tout entreprendre pour une solution négociée».

Constat plus nuancé

Le constat est plus nuancé sur le futur statut du Kosovo. Certes, le négociateur finlandais de l'ONU, l'ancien président Mahti Ahtisaari, répète partout que les différences demeurent énormes entre les positions de la Serbie et des représentants du territoire. Mais au cours de leur déjeuner, Micheline Calmy-Rey et Javier Solana semblent avoir convenu que le calendrier, avec la date butoir de cette fin d'année, pouvait être aménagé. La ministre a réitéré la position de la Suisse favorable à l'indépendance, et l'engagement de la Confédération à soutenir le Kosovo «par tous les moyens de son action extérieure». Les diplomates de l'UE ont, eux, mentionné les prochaines législatives serbes, après l'adoption le 28 octobre d'une nouvelle constitution. «Il faudra sûrement patienter jusqu'à ce scrutin», a concédé la cheffe du DFAE.

Preuve du désir des deux parties de poursuivre ces discussions «informelles», Javier Solana pourrait se rendre en Suisse «d'ici la fin de l'année». Micheline Calmy-Rey n'a pas indiqué si elle avait à son tour convié à déjeuner l'ancien secrétaire général de l'OTAN. Mais dans tous les cas, une chose est sûre: le résultat de la votation du 26 novembre sera au menu.