Il est de ceux qui font rayonner Neuchâtel. Comme Karl Dobler, qui avait inventé la promotion économique exogène. Thomas Facchinetti, lui, a créé, depuis 1990, un modèle d’intégration des migrants, à l’échelle d’un canton. Qui fait office de modèle. Dimanche, le socialiste de 51 ans a été élu à l’exécutif de la Ville de Neuchâtel, où il sera un maillon fort, aux côtés du socialiste Olivier Arni, de l’écologiste Christine Gaillard et des libéraux-radicaux Alain Ribaux et Pascal Sandoz.

Une carrure, Thomas Facchinetti. Plongé depuis l’enfance dans la multiculturalité. De père immigré italien et de mère allemande, qui se sont rencontrés et mariés à Neuchâtel. «A la maison, on passait sans autre d’une langue à l’autre, d’une référence et d’une culture à l’autre.»

D’abord laborant en chimie, il devient ensuite responsable d’un mouvement de jeunes à l’échelle européenne, puis crée Job Service, un service de placement professionnel de jeunes. «De la chimie des éprouvettes à celle du cœur», paraphrase celui qui complétera sa formation par des études en psychologie.

En 1990, il est sollicité par le conseiller d’Etat Pierre Dubois pour ­développer une stratégie d’intégration des étrangers. Neuchâtel devient un pionnier en la matière, dont beaucoup se sont inspirés, en Suisse et en Europe. Il sera aussi le premier canton à scolariser les enfants de clandestins (décision du ministre libéral Jean Cavadini) et à se doter d’une loi sur les étrangers, en 1996, portée par le radical André Brandt. Derrière tout cela, Thomas Facchinetti et sa philosophie: «L’immigration n’est pas seulement un atout pour l’économie, mais aussi un enrichissement social et culturel. L’intégration n’est pas un but en soi, mais un moyen d’obtenir davantage de cohésion sociale. L’intégration implique un effort des migrants, ne serait-ce qu’en apprenant la langue locale, et une ouverture des populations indigènes, qui doivent faire de la place.»

«Comme un engagement»

Après vingt-deux ans passés à faire cohabiter migrants et Neuchâtelois, Thomas Facchinetti entre dans l’arène exécutive de sa ville de Neuchâtel. Fort d’un bagage politique important: «La politique d’intégration nécessite de savoir négocier, viser les compromis, d’être pragmatique, de trouver ce qui sera appuyé par une majorité», dit-il. Il utilisera ses acquis pour passer de son bureau administratif de La Chaux-de-Fonds à la table de l’exécutif du chef-lieu cantonal. Et d’affirmer qu’il abordera sa tâche, dès le 4 juin, comme il l’a fait jusqu’ici, «comme un engagement, pas comme un job».

Le projet pour Neuchâtel du nouvel élu? «Il sera celui des autorités, collectivement, car j’ai une haute estime de l’action politique publique. L’enjeu consistera alors à faire adhérer la population aux projets.» Il cite le logement, le tourisme, la culture, qui méritent d’être développés. Il s’appliquera à prendre du recul, «à voir ce que d’autres, hors de nos frontières, ont fait dans ces domaines. Ce fut peut-être le tort des Neuchâtelois dans les difficultés de ces dernières années, ne pas s’inspirer des bonnes expériences d’autres villes.» Il voudra faire rayonner la ville, «pour montrer qu’on ne peut pas seulement travailler ici, mais également avoir du plaisir à y vivre, en d’identifiant au lieu. Et Dieu sait si Neuchâtel a des atouts.»

Appelé à se prononcer sur les grands projets neuchâtelois du moment, il est favorable au RER-Transrun, ne s’estime pas compétent pour sortir le dossier hospitalier de l’ornière et souhaite que les collectivités locales disposent d’une plus de liberté pour s’organiser entre elles.

Thomas Facchinetti a obtenu une bonne élection, mais il a aussi des ennemis. Plusieurs de ses affiches de campagne ont été taguées et sa voiture rayée. Un signal que l’homme n’est pas lisse. Mais il refuse d’apparaître comme une pointure: «La carrure se mesure dans l’action, pas a priori.» Il préfère citer Richelieu et s’imprégner de cette maxime: «Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un Etat.»