Faut-il récompenser par une incitation financière les assurés maladie qui perdent du poids, font du sport ou renoncent à la cigarette? Réunis samedi en assemblée générale, à Berne, les libéraux-radicaux ont refusé par 150 voix contre 106 cette proposition. Et, partant, envoyé une belle claque à la direction de leur parti…

Les délégués devaient se prononcer sur un papier stratégique intitulé «La Suisse, pays de la santé», validé par leur comité directeur. Un des articles visait à offrir aux caisses la possibilité de proposer, dès 2011, «des modèles d’assurance alternatifs qui récompensent financièrement les personnes qui atteignent des buts de santé personnels», mesurables par exemple au moyen de l’indice de masse corporel (IMC). Les assureurs offrant de tels contrats facultatifs auraient été tenus, toutefois, de proposer en parallèle une assurance de base sans incitation financière.

«Du pur bling-bling!»

Des bonus pour les assidus du fitness ou des légumes secs? La mesure a provoqué un tollé dans les rangs du PLR. «C’est liberticide! Du pur bling-bling!» entendait-on avant même l’ouverture de la discussion. Lors du débat, les reproches ont fusé. «Nous ne devons pas devenir les fossoyeurs de la solidarité, une telle mesure porterait atteinte à la renommée de notre parti», a ainsi tonné le président des libéraux-radicaux valaisans, Georges Tavernier. «Cette proposition va à l’encontre de nos principes de liberté et de responsabilité», a renchéri le conseiller national Jacques Bourgeois (FR). Et si le Genevois Pierre Weiss a dénoncé «une proposition éthiquement douteuse, scientifiquement dangereuse, et impossible du point de vue pratique», le Vaudois Claude Ruey, par ailleurs président de Santésuisse, a quant à lui prophétisé «une machine à perdre pour le Parti libéral-radical suisse».

En face, les défenseurs de ce texte, parmi lesquels les Zurichois Doris Fiala et Felix Gutzwiller, ont tenté, en vain, d’insister sur le caractère «facultatif» de ce type de contrats d’assurance. En vain: les libéraux-radicaux ont biffé cette proposition par 150 voix contre 106.

Ce refus rend-il service au ministre de la Santé, Didier Burkhalter? Plutôt réservé, le patron de l’Intérieur s’est gardé de critiquer la direction de son parti. Cette dernière, a-t-il souligné, a simplement essayé de dire «que les efforts de prévention doivent être compris au niveau individuel. Ce qui n’est pas faux.». Toutefois, a ajouté Didier Burkhalter, il importe «de ne pas en arriver à une désolidarisation». Précisons que l’introduction d’un tel système de bonus-malus dans l’assurance obligatoire nécessiterait une révision de la loi. En l’état, indique l’Office fédéral de la santé publique, celle-ci ne permet pas, en effet, «de faire varier la prime en fonction de comportements de l’assuré – fumeur ou pas, sportif ou pas, etc.»

A noter que le PLR n’avait pas hésité, samedi, à transformer, grâce au soutien de lobbies, son assemblée des délégués en Parcours Vita. Ainsi, avant de se diriger vers les croissants au beurre, les libéraux-radicaux avaient la possibilité de se faire mesurer la pression artérielle ou le taux d’hémoglobine par des volontaires de la Société suisse des pharmaciens. Enfin, le président de la Fédération suisse des centres fitness, Claude Ammann, a invité les membres du parti a se lever et à effectuer quelques mouvements des bras au beau milieu de la réunion…