Les dirigeants du parti socialiste n’ont pas réussi à convaincre leurs troupes. Ils faisaient grise mine samedi après-midi à La Chaux-de-Fonds, dans l’ancienne usine électrique qui a accueilli l’assemblée des délégués. Le point phare de la nouvelle politique européenne du parti, l'idée d’un « EEE 2.0 » n’a pas trouvé grâce aux yeux des délégués. Ceux-ci n’ont ainsi pas hésité à désavouer leur direction.

Ils ont préféré repousser la discussion sur ce nouvel EEE à plus tard, lors du Congrès de décembre. A ce moment-là, la situation politique sera plus claire, à la fois au sein de l’Union européenne qui connaîtra la décision des Britanniques sur le Brexit et en Suisse, où les Chambres auront avancé sur les propositions du Conseil fédéral de clause de sauvegarde. L’avenir des relations bilatérales devrait aussi être plus clair d’ici quelques mois : toutes les négociations avec Bruxelles sont bloquées jusqu’au vote sur le référendum en Grande-Bretagne, fin juin.

Une défaite 

«C’est une défaite car nous voulions une décision claire qui fixe un cap», admet le président du groupe aux Chambres, Roger Nordmann. Le président du parti, Christian Levrat, avait, lui, appelé à «offrir des perspectives» allant au-delà des bilatérales , à«paver la voie à plus long terme», à «donner un signal clair à la population».  Présenté comme un nouvel accord institutionnel entre la Suisse et l’Union européenne, l’EEE 2.0 était présenté comme une étape intermédiaire avant l’adhésion.

Le report a été demandé par la section neuchâteloise du parti qui estime n’avoir pas eu suffisamment de temps pour débattre et se prononcer. Elle a exigé un véritable débat démocratique. Elle a trouvé le soutien des euro-sceptiques et des attentistes. Pour le conseiller national Tim Guldimann, ancien ambassadeur, décider «aujourd’hui sur un nouvel EEE, c’est une illusion. L’UE ne va pas rouvrir le dossier et rediscuter avec la Suisse de ce sujet. Aujourd’hui, la priorité, c’est de sauver les bilatérales». Pour la section neuchâteloise, discuter d’EEE bis, c’est même «faire de la sculpture sur nuages.»

Concept peu clair

Le concept d’EEE revisité a probablement semblé peu clair aux délégués. Et le ton général du texte rédigé par la direction a été contesté par nombre de délégués. Plusieurs d’entre eux l’ont trouvé trop euphorique vis-à-vis de l’Union, trop peu critique envers la «politique néolibérale» menée par Bruxelles. Les Jeunes socialistes ont demandé une «image non romantisée de l’UE». Quelque 37 amendements ont été vivement discutés.

Néanmoins, plusieurs points de la feuille de route sur les relations à moyen terme entre la Suisse et l’UE ont été acceptés, comme le principe lointain de l’adhésion, le refus de la clause de sauvegarde unilatérale et le soutien à un futur accord institutionnel. Un pan de la feuille de route est donc avalisé.

Référendum contre la loi sur la surveillance des communications

Les dirigeants du parti ont vécu un autre moment difficile. A une vois près, les délégués ont décidé par 76 voix contre 75 de soutenir le référendum contre la loi sur la surveillance des communications par poste et Internet. Jusqu'ici, seuls les Verts avaient annoncé soutenir le combat lancé par des partis de jeunes.

L’assemblée des délégués s’est aussi prononcée sur les objets soumis en votation le 5 juin prochain. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a défendu avec succès son projet de révision de loi sur l’asile, relevant que le nouveau système n'était pas seulement plus efficace mais aussi plus humain grâce à la présence d'un avocat. «Dire non à cette loi, c'est dire non aussi à ces améliorations», juge-t-elle.

Les autres objets n'ont pas connu le même succès. Les délégués ont recommandé le rejet de l'initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel» par 114 voix contre 53. Ils ont prononcé un rejet sans équivoque de l'initiative «En faveur du service public»: 134 non et 3 abstentions. Même sort pour l'initiative «Pour un financement équitable des transports», dite «vache à lait», rejetée à l'unanimité. 

Les délégués ont enfin choisi à une nette majorité de laisser la liberté de vote sur la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée et le DPI, considérée comme une question plus «personnelle que politique».


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