Le trio pack n'a pas suffisamment mobilisé. Le maire socialiste de Delémont, Gilles Froidevaux, croyait tenir la bonne stratégie en liant trois projets destinés à des publics différents: une salle de spectacle, un centre de la jeunesse et une patinoire. L'addition des partisans devait suffire à doubler les adversaires de la hausse d'impôt liée au programme.

Las! Le corps électoral delémontain a repoussé le marché par 1930 voix (52,4%) contre 1752. Alors qu'elle était escomptée importante, la participation n'a atteint que 43%. «C'est faible», constate Gilles Froidevaux. Seul un Delémontain sur cinq a, au final, soutenu la stratégie des autorités. Certains milieux sportifs n'ont pas joué le jeu. Le club de football n'a pas jugé utile d'appeler ses membres à soutenir le projet de sauvetage de la patinoire. Autre source de désillusion: «J'avais l'impression que les jeunes s'étaient mobilisés», note le maire. Insuffisamment. «Je le regrette vivement, j'aurais voulu leur dédier la victoire!»

Dimanche, sur le coup de 13 heures, au moment de l'ouverture de la saison de la patinoire à ciel ouvert de la ville, son président Jacques Gygax annonçait, la mort dans l'âme, «la fermeture définitive de la piste de glace au terme de la saison, en février 2009. Nous n'avons pas de plan B». Et de s'en prendre aux «cassandres qui prétendent que les infrastructures envisagées peuvent se faire sans augmenter les impôts; c'est un marché de dupes».

«J'ai honte, confie un jeune. J'attends au tournant ceux qui veulent financer ces projets autrement.» Le Parti libéral-radical, qui a fait campagne pour le «non» en affirmant que les trois projets peuvent être réalisés sans augmenter les impôts, présentera son plan lundi lors de la séance du Conseil de Ville.

La culture du «non»

Gilles Froidevaux coupe court: «Le processus s'arrête avec le rejet populaire. Nous n'avons pas les moyens de financer ces projets sans nouvelles recettes. Prétendre l'inverse est irresponsable.»

Les Delémontains avaient déjà rejeté une infrastructure de loisirs en juin 2007, un projet de golf. «Il s'est installé une culture du «non», admet le maire. C'est problématique pour l'image de la ville. Peut-être a-t-on créé la sinistrose, à force de produire des déficits budgétaires. Mais je ne crois pas, en même temps, que la population n'a pas d'ambition pour la ville.»

Le maire socialiste, candidat à un deuxième mandat lors des élections communales du 30 novembre où il devra faire face à des challengers radicaux et démocrates-chrétiens, y va d'une autre frustration: «En matière d'idéologie des impôts trop lourds, la droite a gagné. La gauche ne parvient pas à faire la pédagogie de l'impôt, à expliquer à quoi sert l'argent encaissé auprès du contribuable.» Malgré l'échec de son trio pack, Gilles Froidevaux reste le favori de l'élection à la mairie de Delémont.