Delémont vit une mue profonde. Urbanistique, démographique et politique. En moins de dix ans, principalement sous la houlette de l’hyperactif maire démissionnaire PDC Pierre Kohler – mais aussi grâce aux actions lancées avant par le socialiste Gilles Froidevaux –, le chef-lieu jurassien a gagné 1000 habitants et augmenté sa population de 9%, à plus de 12 500 habitants; il a aussi mis en chantier quantité de projets immobiliers qui ont radicalement changé le visage de la ville, donnant d’elle l’image d’une cité qui bouge.

Delémont vivra une nouvelle transformation, politique celle-là, ce dimanche, avec l’élection du successeur de Pierre Kohler à la mairie. Bastion socialiste durant plus d’un demi-siècle renversé en décembre 2008 par le trublion PDC, l’Hôtel de Ville verra s’installer dans le fauteuil de maire le représentant d’un parti qui n’y a jamais été. Le duel final oppose le chrétien-social (PCSI) Damien Chappuis à la représentante de la gauche de la gauche (CS-POP-Verts) Esther Gelso.

Lors du premier tour de l’élection qui opposait six candidats, le 22 mars, le PCSI Damien Chappuis a, comme attendu, viré largement en tête avec 31,6% des voix, devant le PDC Martial Courtet (23%), la CS-POP-Verte Esther Gelso (19,4%), le socialiste Gilles Froidevaux (15,6%) et les candidats PLR et UDC (7,3 et 3,1%). Réagissant immédiatement à la gifle infligée, le PS Gilles Froidevaux s’est retiré, au profit d’Esther Gelso. Après d’intenses discussions, le PDC Martial Courtet a cédé et renoncé au second tour, pour éviter la triangulaire qui aurait pu porter au pouvoir l’extrême gauche et mettre en péril le travail réalisé par Pierre Kohler.

Ainsi, les deux grands partis de la ville, PS et PDC, pesant tous deux 28% lors des dernières élections générales de 2012, sont absents du duel final pour la mairie.

Le favori est le chrétien-social Damien Chappuis, fort de ses 31,6% du premier tour, de sa popularité personnelle et des gages qu’il a donnés aux partis de droite, avec notamment la reprise d’un projet PDC qu’il ne partageait pas au départ: faire diminuer la fiscalité de 3%. Il estime que le manque à gagner de 400 000 francs est compatible avec les bons comptes 2014 bouclés avec un bénéfice de 1,5 million, après amortissements extraordinaires de 3,2 millions.

Même s’il s’en défend et si son parcours personnel l’en éloigne, Damien Chappuis, 36 ans, est perçu comme le fils spirituel de Pierre Kohler. Un avantage électoral indéniable. Il a promis d’assurer la continuité dans l’œuvre du maire démissionnaire.

L’alternative s’appelle Esther Gelso, 59 ans, elle aussi membre de l’exécutif de la Ville, représentant la gauche de la gauche (qui vaut 15% à Delémont). Elle entend opérer une rupture avec le style et la rigueur administrative de Pierre Kohler.

Si l’élection de Damien Chappuis garantit la continuité et amène du baume au PCSI, exclu du gouvernement cantonal en 2010, celle d’Esther Gelso ramènerait une majorité de gauche, dominée par le groupe CS-POP-Verts, à la mairie de Delémont. Avec, de surcroît, une majorité de femmes à l’exécutif (trois sur cinq).

Le paramètre majeur de l’élection sera la participation. Elle avait été de 42% au premier tour, elle risque d’être inférieure au second, les grands partis peinant à mobiliser, sans compter que la campagne n’a pas l’éclat du duel Froidevaux-Kohler de 2008.