Au sortir du confinement, les polices cantonales romandes observent une recrudescence des délits: deal de rue, disparition de vélos ou encore vol de bijoux et de sacs à l’arraché. Des actes de délinquance en partie attribués à des mineurs non accompagnés (MNA) par les habitants et les forces de l’ordre. Les avocats chargés d’une permanence juridique dédiée à ces mineurs et jeunes adultes dénoncent l’usage de ce terme et mettent en garde contre les amalgames.

Deux opérations en cours

Pour lutter contre les délits commis dans l’espace public, les services de police ont lancé depuis le 1er juillet des opérations spécifiques. A Neuchâtel, une task force du nom de Litto, l’abréviation de «littoral» où ces actes sont principalement commis, est entrée en action pour une durée déterminée de deux mois. Ainsi, des membres de la police judiciaire et de la gendarmerie consacrent leurs journées à surveiller et interpeller les auteurs pris en flagrant délit. «Nous n’excluons pas la possibilité de prolonger la durée de cette opération selon l’évolution de la situation», précise Pascal Luthi, commandant de la police neuchâteloise. Une flexibilité favorisée par sa transversalité et «caractéristique d’une police moderne guidée par le renseignement», dit-il.

Lire aussi: L’errance sans fin des mineurs non accompagnés

Sur la même impulsion, une unité baptisée GRVA pour «groupe vols et agressions de rue» est entrée en action à Genève pour une durée de trois mois, là encore reconductible. Les six inspecteurs qui composent cette brigade s’attellent à collecter des renseignements et à les exploiter pour coordonner sur le terrain des opérations permanentes ou ponctuelles. «Depuis début juillet, nous constatons déjà une légère baisse des délits», déclare Jean-Philippe Brandt, officier de la communication de la police cantonale genevoise.

Sur le terrain, des craintes se font sentir depuis mi-avril. Les habitants du quartier des Grottes, situé derrière la gare Cornavin, ont notamment signalé la présence de délinquants installés sur la place et dans le parc des Cropettes. «Des familles avec enfants et des personnes âgées n’osaient plus fréquenter les lieux publics, raconte Olivier Perrin Riondel, membre du groupement des riverains de la place des Grottes. Avec les associations de parents d’élèves et des habitants de l’Ilot 13, nous avons adressé une lettre au Conseil d’Etat le 22 juin pour que des mesures soient appliquées pour retrouver une forme de tranquillité.» Les habitants demandaient à ce qu’un accompagnement et un encadrement soient mis en place pour ces jeunes, au-delà des arrestations.

Des qualificatifs qui dérangent

Quel est le profil de ces délinquants? Dans leur courrier, les habitants des Grottes indiquent que «de nombreux mineurs non accompagnés, visiblement organisés en bande […] s’adressent de manière agressive aux personnes de tout âge […] pour leur proposer des drogues ou pour essayer de les dépouiller». Jean-Philippe Brandt révèle que, dans ce contexte, les individus contrôlés sont «principalement originaires du Maghreb et qu’une partie d’entre eux sont des mineurs sans autorisation de séjour, mais qu’ils ne relèvent pas de l’asile». Parmi les personnes interpellées à Neuchâtel, «la plupart ont moins de 25 ans et sont sur les routes de la migration, éloignées de leur famille depuis plusieurs années, indique Pascal Luthi. Nous avons à faire à des multirécidivistes très agressifs, souvent sous l’emprise de stupéfiants ou de médicament et qui semblent n’avoir plus rien à perdre.» Les deux nouveaux dispositifs policiers ont pour mission d’enrayer les comportements délictuels en procédant à l’interpellation de ces individus et en les déférant immédiatement à la justice et aux autorités chargées de l’asile.

Les forces de l’ordre les présentent comme des «jeunes hommes», «mineurs ou prétendus mineurs», «originaires d’Afrique du Nord», «de nationalité marocaine, tunisienne, algérienne ou prétendument algérienne», «dépourvus de documents». Le terme de «MNA» est également mentionné explicitement dans les communications officielles du canton de Genève et relayés dans la presse. Des qualificatifs qui dérangent les avocats et juristes de la Permanence pour les MNA/RMNA (requérants d’asile mineurs non accompagnés). «Le terme MNA désigne une population particulièrement vulnérable à protéger et ne doit en aucun cas être employé à des fins de profilage racial dans le cadre d’opérations de police, souligne l’avocate Milena Peeva. Une telle pratique est prohibée par la Constitution suisse et le droit international. Ce raccourci est discriminant et la formation de brigades spécifiques est une réponse répressive à un problème de droits humains, qui nécessite une réelle prise en charge socio-éducative sur le long terme.»

Lire également: A Genève, le ras-le-bol des mineurs non accompagnés

Dans les rues, lors d’interpellations, il arrive désormais que des citoyens interviennent, pensant assister à un acte raciste. «Avec le mouvement Black Lives Matter, nous nous retrouvons à devoir nous justifier auprès de citoyens suspicieux, poursuit Pascal Luthi. Ils craignent que nous fassions du profilage racial et pensent être témoins d’un abus.» Tout comme son collègue genevois, l’agent s’accorde à dire qu'«il ne faut pas faire de généralités» ou «d’amalgames» concernant les auteurs de ces délits et rappelle que leur priorité reste d’amenuiser le sentiment d’impunité.