#LeTempsAVélo

Durant six semaines, plusieurs équipes de journalistes du Temps et d’Heidi.news se relaient pour parcourir la Suisse à vélo et raconter ses transformations. Suivez leur odyssée grâce à notre carte interactive et retrouvez leurs articles écrits au fil du chemin.

La gigantesque installation du cimentier Holcim domine le paysage à Würenlingen (AG), commune de 4700 habitants située non loin de Baden et Brugg. Beaucoup moins visible, la pépinière viticole Meier, qui jouxte un quartier d’habitation et un vignoble sur un coteau orienté plein sud à la lisière de la localité. C’est une baraque où l’on effectue des greffes et où les nouveaux plants sont soignés et stockés sous une température contrôlée. A côté, la vigne qui, à première vue, paraît homogène. Mais il faut s’approcher: il y a là 200 cépages, résultats de plusieurs années de traitement et de sélection des meilleurs clones, tous soigneusement répertoriés.

Ici, une rangée d’amigne, là de baron, puis bianca, bronner, carminoir, chancellor, chardonnay. Plus loin, le cabernet se décline en cinq versions (carol, cortis, dorsa, mitos et sauvignon). En ce mois de septembre, les feuilles ont pris des couleurs, les grappes sont généreuses et les raisins de cuve et de table sont gros et dorés, noirs ou bleus. Pas besoin d’être expert pour apprécier les goûts distincts les uns des autres.

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A Würenlingen, le sol est bon et le climat propice

En Suisse, les vignerons s’approvisionnent en jeunes plants auprès d’une vingtaine de pépinières. Celle d’Andreas Meier est l’une des cinq plus importantes. A Würenlingen, le sol est particulièrement bon et le climat propice à la culture de jeunes vignes. «Chaque huitième plant dans les vignobles suisses vient d’ici, affirme le patron, non sans fierté. Beaucoup de Romands sont mes clients.»

La multiplication des plants se fait sur des boutures d’une variété de vigne américaine qui est cultivée à la pépinière. Les greffes se font au printemps, individuellement et manuellement, ce qui garantira une production homogène. Chaque année, ce sont plus d’un million de vignes internationalement reconnues, ainsi que des spécialités suisses, qui sont reproduites. «Un vigneron peut, s’il le veut, semer des graines, poursuit-il. Mais la plante mettra beaucoup de temps à rapporter du fruit; la production, tant en termes de quantité que de qualité, n’est de loin pas garantie.»

Les clients d’Andreas Meier s’approvisionnent essentiellement en pinot, merlot, gamay et chasselas. Un choix de cépages imposé par le consommateur de vins en Suisse. Selon lui, passer à de nouvelles variétés se justifierait; grâce aux croisements, les plants sont plus résistants aux maladies et les raisins sont plus sucrés. «Mais le consommateur est conservateur et ne tolère pas, par exemple, un rouge plus corsé ou plus court en bouche, avance-t-il. Nous faisons des efforts depuis vingt-cinq ans pour lui proposer de meilleurs produits, mais on s’accroche aux habitudes et aux idéaux.»

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Andreas Meier tire profit de ses connaissances d’ingénieur agronome spécialisé en viticulture, mais aussi des expériences menées par son père et son grand-père. C’est ce dernier qui a créé la pépinière de Würenlingen, en 1921. «Dans la pépinière, nous cultivons des clones de vigne à partir de souches choisies pour leurs caractères propres en termes de rendements, ou des variétés résistantes à des maladies, explique l’agronome. En Suisse et en Europe, les vignobles ont été à maintes reprises attaqués par des maladies, notamment le mildiou, alors que, parallèlement, l’utilisation de produits phytosanitaires est de plus en plus impopulaire.» Le pépiniériste doit également s’adapter aux mutations naturelles des plants, de l’environnement végétal et du sol, qui subissent tous les effets des changements climatiques.

Proche de la modification génétique

Quel vin allons-nous boire à l’avenir? Andreas Meier anticipe une modification graduelle dans la consommation du vin. «On va boire moins en raison d’une vie que l’on souhaite plus sportive et plus saine, dit-il. Et quand on boit moins, on boit plus sucré.» La profession attend la sortie imminente de 250 variétés pour des besoins de tests. Celles-ci ont été développées par une nouvelle technologie dite «Smart Breeding/Crispr Cross» mise au point par l’institut français Agroscope, qui croise les génomes pour «fabriquer» les plus belles feuilles, des grappes bien fournies, des raisins gros, parfumés et savoureux à souhait tout en étant blindés contre poux, mouches et maladies.

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«Oui, nous sommes techniquement proches de la modification génétique effectuée en laboratoire, admet Andreas Meier. Mais le consommateur n’en a cure. Il mange du Kentucky Fried Chicken, de la volaille nourrie au maïs transgénique et boit de la bière brassée avec des céréales traitées aux herbicides.» Pour le pépiniériste argovien, il faut mettre en place un système de certification, pour assurer l’authenticité et la pureté de la variété. «Ces garanties sont primordiales afin de préserver sur le long terme le capital-sol et de perpétuer une production viticole de haute qualité en Suisse», dit-il encore.

Par-dessus tout, Andreas Meier compte sur la relève. Sa fille Patricia, musicienne diplômée de l’Université de Berne, est revenue à la pépinière et à l’exploitation viticole familiale – 13 hectares en Basse-Argovie, à la confluence de la Reuss, de l’Aar et de la Limmat, qui donnent 120 000 bouteilles de différents cépages et appellations.