Analyse

La démission de Jean-Marie Cleusix met fin à une erreur de casting

En moins de trois ans, le chef du Service valaisan de l’enseignement a réuni une presque unanimité contre lui. En guerre avec les enseignants comme les politiciens, Jean-Marie Cleusix a fini acculé à une démission «négociée»

Il a toujours eu l’art de susciter rapidement l’antipathie. Au cours de sa vie, Jean-Marie Cleusix s’est fait beaucoup d’ennemis. Il le paie aujourd’hui. Depuis mercredi, il n’est plus le chef du Service valaisan de l’enseignement. Hospitalisé, il invoque des raisons de santé. Préférant un mauvais accord à un bon procès, son chef de département Oskar Freysinger évoque une démission «négociée». Sous pression et sans issue, affaibli par les adversaires qu’il s’est lui-même créés, Jean-Marie Cleusix a craqué.

Il y a moins de trois ans, au moment de sa nomination, le gouvernement présentait pourtant l’ancien professeur de philosophie comme le meilleur parmi les excellents. Un mois plus tard, un vieil ennemi lui déclarait la guerre. Le président du village de Leytron convoquait la presse pour dénoncer un «foutage de gueule». Il lui réclamait près de 80 000 francs d’impôts impayés. Le fonctionnaire est procédurier. Après plusieurs recours, son dossier a curieusement été égaré par les services de l’Etat.

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La loi parle pour lui, mais pas l’opinion publique. Personne n’aime les gens qui rechignent à payer leurs impôts, surtout s’ils sont au service de l’Etat. En octobre 2014, la commission de gestion du Grand Conseil publie un rapport accablant pour le chef de service, accusé, entre autres, d’avoir utilisé les ressources de l’Etat à des fins privées. Le mois suivant, Jean-Marie Cleusix a tellement d’ennemis politiques que près de 90% du parlement vote sa suspension. Le gouvernement aurait sans doute dû saisir l’opportunité. Englué dans de multiples affaires, il a préféré se contenter de lui infliger un blâme.

De nombreux ennemis

Très impopulaire, Jean-Marie Cleusix a donc continué à diriger le Service de l’enseignement pendant dix-huit mois. «Paranoïaque», «sadique», ou «mythomane»: Les enseignants de tous degrés n’ont jamais manqué de mots pour décrire les dérives autoritaires d’un «shérif» ou d’un «roitelet» animé d’un sentiment de toute puissance. Quand elle n’était pas inexistante, la collaboration était difficile. L’ancien militaire voulait tout contrôler. Son comportement a fini par exaspérer une large majorité des acteurs de la formation.

De tous les ennemis qu’il a su s’attirer, c’est finalement l’association des enseignants de la Haute école pédagogique qui aura eu sa peau. Ces dernières semaines, elle dressait une longue liste d’accusations diverses contre le chef de Service, soupçonné, entre autres, d’avoir favorisé une élève en rédigeant lui-même ses travaux. L’association analysait la possibilité de déposer une plainte pénale. Jusqu’à ce mercredi, elle menaçait aussi de transmettre ses griefs à la presse. La commission de gestion s’apprêtait à en débattre. Elle le fera sans doute quand même.

Oskar Freysinger a sauvé plusieurs fois la peau de son chef de service. Dans les couloirs du parlement, il a longtemps répété que Jean-Marie Cleusix payait pour un «délit de sale gueule». Mais à l’approche des élections, il lui devenait sans doute de plus en plus difficile d’associer son nom à un homme dont le nombre des ennemis ne cessait d’augmenter. Ces derniers jours, les proches du dossier pariaient sur un licenciement imminent. Aujourd’hui soulagés, de nombreux fonctionnaires, enseignants ou politiciens se réjouissent de ce départ inéluctable et programmé.

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Embarrassé, Oskar Freysinger regrette les «faiblesses relationnelles» d’un proche collaborateur. Elles étaient d’autant plus problématiques que le cahier des charges du chef du Service de l’enseignement accorde une large place à la gestion des ressources humaines. Il aura fallu moins de trois ans pour que tout le monde soit convaincu que Jean-Marie Cleusix n’était pas à sa place. Coupable d’avoir nommé un homme inadapté à un poste-clé, puis de l’avoir trop longtemps maintenu contre les vents contraires, c’est tout le gouvernement qui est responsable de cet échec coûteux.

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