Avant le 21 octobre, ils voulaient récupérer un second siège au gouvernement. Ils envisageaient de chasser Christoph Blocher du Conseil fédéral. Ou à tout le moins, pensaient soumettre sa réélection à certaines conditions. Il y a quelques semaines, le PDC prenait un malin plaisir dans ce rôle de pivot le 12 décembre, à l'heure de la réélection du Conseil fédéral. Aujourd'hui, à l'entame de la session parlementaire décisive pour l'avenir du collège gouvernemental, le PDC trahit soudain un certain embarras dans cette position de charnière.

Tout heureux d'avoir étoffé son groupe parlementaire avec les élus verts libéraux et évangéliques pour espérer conquérir la Chancellerie, le parti préférerait ne pas parler de l'avenir immédiat des conseillers fédéraux. «Nous présenterons demain (ndlr: aujourd'hui mardi) une stratégie au groupe parlementaire. Et nous arrêterons notre position en séance mardi 11, soit la veille de l'élection», explique Christophe Darbellay.

Selon le président du PDC, il est souhaitable d'auditionner les conseillers fédéraux avant le vote, comme l'avait suggéré le chef du groupe parlementaire Urs Schwaller dans le sillage des élections fédérales. «Il y a des domaines comme la voie bilatérale avec l'UE ou la politique des finances sur lesquels les conseillers fédéraux doivent suivre une ligne», explique Christophe Darbellay. Concédant qu'il est un peu tard pour organiser de réels «hearings» comme cela se fait avec de nouveaux candidats au gouvernement, il propose des rencontres avec «une délégation restreinte du parti» dans les jours à venir.

Néanmoins, ces auditions ne devraient rien changer: «Nous nous dirigeons vers le statu quo le 12 décembre», prévient Christophe Darbellay. Il l'assure: «A titre personnel, je n'élirai pas Christoph Blocher.» Il étaiera sa position devant son groupe, mais n'imagine pas faire l'unanimité. «Au moins 20% de nos élus voteront Blocher, évalue-t-il. Dès lors, le sort du Zurichois n'est pas seulement dans les mains du PDC. Il faudrait que des radicaux se joignent à nous, et ce ne sera pas le cas. Il est donc évident que Christoph Blocher n'a pas besoin de ma voix.»

Si le PDC maintient son objectif de reconquérir un second siège au gouvernement, il refuse par ailleurs de lancer un élu «maison» dans la course, comme le demandent les Verts, qui seraient prêts à retirer la candidature de combat du Vaudois Luc Recordon dans le cas où un élu centriste irait affronter l'actuel ministre de Justice et police. «Nous ne contestons pas le droit de l'UDC à occuper deux sièges», justifie Christophe Darbellay. Dans cette optique, le président du PDC n'envisage pas non plus de donner sa voix à Luc Recordon, jugé en outre «bien trop à gauche.»

Seul scénario envisageable aux yeux du Valaisan: «un coup de dernière minute qui verrait jaillir le nom d'un UDC représentant la ligne dure, mais qui soit par ailleurs un homme avec lequel on peut discuter et qui respecte les institutions.» Un nom? Celui du Zurichois Bruno Zuppiger. «Il serait un conseiller fédéral idéal.»

A la lumière de ce raisonnement, il apparaît assez clairement que le PDC veut avant tout auditionner Christoph Blocher «pour la forme», comme le concèdent certains démocrates-chrétiens. L'un d'eux confie: «Nous n'avons plus abordé la question du Conseil fédéral depuis le 23 octobre. C'est dire si la présidence est mal à l'aise avec ce sujet.» A en croire ce conseiller national, le scénario idéal pour la direction serait que l'ensemble du PDC vote contre Christoph Blocher, mais que celui-ci soit tout de même réélu. «Nous aurions ainsi la conscience tranquille, sans pour autant que les équilibres soient bouleversés», précise-t-il.

Des équilibres qui permettent au PDC de nourrir deux ambitions: conquérir la Chancellerie le 12 décembre et regagner un siège gouvernemental à la suite du départ de Pascal Couchepin. «Nous prendrions un siège aux radicaux, sans pour autant déboulonner un des leurs, ce qui change tout», poursuit cet élu.

Cela évite en tout cas aux démocrates-chrétiens de trop se compromettre avec la gauche, eux qui ne manquent plus une occasion de rappeler que leurs alliés naturels sont... radicaux.