La rentrée politique à Berne embraie directement cette semaine sur la grande polémique du mois de juin, à savoir le contre-projet à l'Initiative des jeunes sur l'adhésion à l'Union européenne. L'heure de vérité devrait toutefois se faire attendre encore quelque temps. Les premières échéances sont surtout formelles et ce sont des manœuvres souterraines qui décideront de l'avenir de la politique d'intégration au cours des prochaines années. La commission du Conseil national, qui siège aujourd'hui, ne peut rien faire d'autre que de confirmer le choix du plénum. Tout se jouera chez les conseillers aux Etats, au cours de la session d'automne ou un peu avant.

Artifice de procédure

A la fin juin, la commission du Conseil national avait voulu calmer le jeu en imposant une pause au débat. Au grand dam de tous ceux qui espéraient bien enterrer définitivement la question au cours de la session d'été des Chambres fédérales, ladite commission a eu recours à un artifice de procédure en repoussant sa décision au 15 août. Ni la commission ni le plénum du National n'avaient en effet besoin de temps pour confirmer la position adoptée précédemment, c'est-à-dire un contre-projet modéré à l'Initiative des jeunes. Le but de la manœuvre était de dépassionner le débat et de donner du temps à un Conseil des Etats braqué par les démonstrations pro-européennes d'une partie du Conseil national.

Rien n'était susceptible, en juin, d'ébranler le front du refus solidement installé dans les travées de la Chambre des cantons. En refusant d'entrer en matière sur un contre-projet à l'Initiative des jeunes, la majorité du Conseil des Etats traduisait certes les inquiétudes des élus face à un électorat prompt à croire que la toute fraîche votation populaire sur les accords bilatéraux réglait la question pour longtemps.

Mais les sénateurs ont surtout voulu donner un coup d'arrêt à l'activisme proeuropéen d'une minorité du Conseil national. Si la Chambre du peuple a finalement tranché de façon très modérée, le volontarisme de sa commission des affaires extérieures, prête à marcher à grandes guides vers l'adhésion, avait jeté l'effroi chez les tièdes et tétanisé les antieuropéens. Dans ce contexte, souscrire au plus anodin des contre-projets à l'Initiative des jeunes représentait encore pour une large majorité du Conseil des Etats une manière d'emboîter le pas aux plus agités des proeuropéens.

Depuis lors, l'été a passé et les esprits se sont sans doute quelque peu rassérénés. Mais les données du problème n'ont pas changé. Il s'agit toujours d'obtenir que les Chambres acceptent un contre-projet indirect qui permettrait le retrait de l'Initiative des jeunes, promise à un douloureux échec devant le peuple. Et pour y arriver, il faut convaincre une dizaine de conseillers aux Etats démocrates-chrétiens. En choisissant, pour des raisons à la fois tactiques et idéologiques, de suivre leur électorat plutôt que l'éclairer, les radicaux alémaniques se sont en quelque sorte mis horsjeu.

Partisans d'un enterrement de la question européenne, aucun d'eux ne mettra le nez hors des tranchées du refus où ils attendent la fin de l'orage en compagnie des démocrates du centre. C'est donc dans les rangs du PDC que tout se jouera.

A l'enjeu pour le pays se superpose en effet, dans cette affaire, un enjeu propre au parti. Depuis son congrès de Bâle, le PDC s'affiche comme le seul parti gouvernemental de droite ouvert sur la question européenne, à l'unisson de son conseiller fédéral responsable du dossier, Joseph Deiss. Dans le débat sur l'Initiative des jeunes, c'est encore du groupe PDC qu'est venu le contre-projet qui a permis de rassembler une majorité au Conseil national.

En partie à cause d'un président irrésolu, le malheureux Adalbert Durrer, qui n'a cessé de balancer d'un côté et de l'autre, les conseillers aux Etats démocrates-chrétiens ont démoli la politique européenne de leur parti. S'ils ne modifient pas leur position en septembre, une crise menace de s'ouvrir au sein du PDC, sur une ligne de fracture identique à celle qui sépare les radicaux romands des radicaux alémaniques.

Doigté, finesse et discrétion

On peut donc compter sur les démocrates-chrétiens romands pour travailler au corps les membres du groupe qui siègent aux Etats. Le processus promet d'être peu spectaculaire, puisqu'il nécessite du doigté, de la finesse et de la discrétion. Contrairement au climat très émotionnel du mois de juin, les prémices du débat décisif qui s'annonce au Conseil des Etats devraient se dérouler sur un mode mineur, sans grands sons de trompes ni effet d'annonce.