Ce lancement de la campagne devait se faire à l'américaine, il fut champêtre, décontracté et tout empreint d'une ambiance alémanique: standing ovation pour Ruth Metzler et Joseph Deiss, animation, danses et variétés allemandes, le Parti démocrate-chrétien (PDC) a rassemblé samedi à Hergiswil (NW) quelque 600 participants et candidats aux élections fédérales de cet automne sur le thème de la «sécurité en partage», un slogan que les élites du parti se sont employées à décliner sur quatre aspects différents: la sécurité par l'innovation, par la solidarité, par l'ouverture et par la protection.

Avec «l'innovation gage de sécurité», le PDC veut donner de l'économie une image positive, «un acte de confiance à l'égard de l'intelligence créative», a expliqué le président du groupe Jean-Philippe Maitre (GE). La solidarité fait appel au maintien du système de sécurité sociale, mais pas avec n'importe quel financement: n'est social que ce qui est finançable, a souligné le président Adalbert Durrer. Joseph Deiss a lui, prôné l'ouverture, car le repli sur soi n'est plus gage de sécurité: «Il n'existe aucune barrière pour nous protéger des crises économiques internationales.»

Quant à Ruth Metzler, elle a repris le thème qu'on lui connaît depuis son accession au Conseil fédéral: la sécurité par la protection. Tout en condamnant vertement les «peurs entretenues par certaines personnes» qui prennent le risque «de déstabiliser notre structure politique», la cheffe du Département fédéral de justice et police a dit prendre au sérieux les craintes liées à la criminalité, à la violence contre les femmes ou à la sécurité des enfants, et a condamné les trafiquants de drogue sévissant aux abords des écoles. La ministre a toutefois précisé qu'elle ne soutient pas une politique de verrouillage des frontières et qu'elle se distancie des milieux qui ne conçoivent la notion de protection que dans le sens d'une protection contre les étrangers.

Simon Epiney estime que «la sécurité en partage» est un excellent thème de campagne en cette fin de siècle où la crise économique, la polarisation politique, la globalisation et l'augmentation réelle de la criminalité fragilisent l'électorat. «Nous Romands, note le conseiller national, estimons que la sécurité donne aux gens la confiance nécessaire à s'ouvrir davantage.» Mais le Valaisan met en garde contre le «repli sur soi».

Et c'est la toute la question: le PDC n'est-il pas en train de se recroqueviller? A entendre les applaudissements nourris qui ont accompagné les propos de la conseillère fédérale, on peut le supposer. Le discours musclé de Ruth Metzler répondait aux préoccupations sincères de la base en Suisse alémanique, où la sécurité au sens de protection est, via l'asile, le thème porteur par excellence. L'ouverture au monde, prônée par Joseph Deiss et l'aile romande, n'a d'ailleurs pas fait recette à l'applaudimètre samedi après-midi. «Le oui à l'avortement, à l'Europe, à l'assurance maternité nous a aliéné l'électorat conservateur de Suisse centrale», reconnaît, désorientée, la conseillère nationale zurichoise Rosmarie Zapfl.

Adalbert Durrer a donc eu des mots extrêmement défensifs à l'ouverture du congrès pour galvaniser ses troupes. Le président du parti a dénoncé les méthodes de l'Union démocratique du centre et de la «compagnie Blocher (qui) prend d'assaut la démocratie». Le Nidwaldien a certes rappelé que les valeurs du PDC promeuvent le dialogue et la cohésion sociale, mais son discours n'était qu'un appel à la mobilisation pour contrer sur son terrain le parti de Christoph Blocher: être ferme sur la problématique de l'asile, des étrangers et de la criminalité.

Cette «dérive» du PDC est confirmée par un membre de la présidence du parti: si les Romands n'étaient pas intervenus, le slogan de la campagne se serait limité à l'aspect «sécuritaire» de la sécurité. Or ce volet n'est pas fédérateur en Suisse romande, où l'intérêt du public se focalise sur le chômage et les assurances sociales. François Lachat, vice-président du parti le sait bien. Le 4 septembre, les démocrates-chrétiens romands lanceront à Morges leur propre campagne électorale sur le thème de l'emploi: «Et là, on sera entre nous», lâche le Jurassien.