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Ambiance au caveau du Comptoir de Denezy.
© Thierry Porchet

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A Denezy, voyage aux confins de l’esprit vaudois

Tous les quatre ans, Denezy, petit village du Gros-de-Vaud, organise un comptoir de poche. Une fête totalement improbable qui démontre toute la force de la vie associative de cet arrière-pays de brigands

Sur les murs, toute une vie déclinée en vieilles affiches de spectacle et en photos jaunies d’équipes de foot ou de vacances à la mer. Sur scène, le plus vaudois des humoristes, Denis Meylan, dit Bouillon, accompagné des frères Piguet, vieilles gloires de la chanson de la vallée de Joux. Les trois hommes reprennent Les colonels du chansonnier Gilles et se moquent de «ces Suisses au regard d’acier sous un front bas». Il faut jouer des coudes pour pénétrer dans le caveau bondé, où le public «pèdze» gaiement, écoutant avec nostalgie le trio pendant que le chasselas tiédit dans les verres.

Le plus petit des comptoirs

Cet endroit hors du temps cougné dans un coin de ferme, c’est «Le Bouilloni», le cabaret éphémère du comique, véritable cœur battant du 7e Comptoir de Denezy, qui s’est tenu ce week-end de l’Ascension. Une manifestation totalement improbable, organisée grosso modo tous les quatre ans dans une grange en contrebas de ce village de 150 âmes des Hautes-Crêtes, aux confins du Gros-de-Vaud et de la Broye, certainement le plus petit comptoir commercial du pays.

«On a refusé du monde. On a dû stopper les inscriptions d’exposants à 45», relève fièrement Pierre Chevalley, paysan à la retraite, qui met à chaque fois son exploitation agricole à disposition des organisateurs. «Ce comptoir, ça donne un peu d’ambiance au bled. Depuis la fermeture de l’épicerie et du bistrot, il n’y a en a plus beaucoup. Il reste l’église, mais elle n’attire plus grand monde», sourit encore celui qu’on surnomme affectueusement «Pierrot».

«Des trucs comme en Afrique»

L’histoire est belle. Elle débute en 1992. A cette époque, Bouillon gère l’Entracte, un minuscule cabaret de 70 places dans l’ancien Café de la Poste de Denezy, un bâtiment reconnaissable de loin à ses murs jaune vanille. C’est un endroit «où il se passe des trucs comme en Afrique» et où on paie les artistes avec l’argent de la collecte ramassée dans une calebasse. De retour d’une visite au Salon des gourmets de Joinville-le-Pont, dans la région parisienne, l’humoriste a l’idée d’organiser une foire. La première édition se déroule en 1994 autour du bistrot.

Le succès est immédiat. Dès la fois suivante, en 1997, la fête s’agrandit et prend ses quartiers au bas du village, entre les prés à vaches, dans la ferme Chevalley. Depuis vingt ans, la tradition perdure, imposant la foire comme l’événement incontournable de l’arrière-pays vaudois. «T’es de la région, tu viens au comptoir!» lance David Tenthorey, qui tient un stand lors de l’une des animations du jour. Entraîneur de football, il reste ici l’homme qui a fait monter l’équipe locale, le FC Thierrens, en 2e ligue inter l’année du quarantième anniversaire du club. Un club fondé en 1971 par un certain Bouillon.

Noyau d’amitiés

Ce noyau d’amitiés fortes est l’un des secrets de la réussite de la manifestation. Sans oublier l’important engagement des bénévoles, qui s’explique en partie par un certain éloignement des grands centres urbains. «Le fait de se trouver assez loin des villes libère les énergies et, surtout, fédère les générations, qui œuvrent ensemble. L’aspect intergénérationnel est très important», confirme à l’heure de l’apéro Anne Marion Freiss, présidente de l’association «Jorat, une terre à vivre au quotidien».

Denezy se trouve en effet au cœur du «triangle vert», entre Payerne, Moudon et Yverdon-les-Bains, considéré comme la dernière zone exclusivement paysanne de plaine. «Nous sommes aussi la ligne Maginot avant le canton de Fribourg, ajoute Bouillon. On est parfois un peu oubliés, les fonctionnaires du canton continuent de croire que nous n’avons pas de routes goudronnées, ni le téléphone.»

«Réduit campagnard»

Même si les choses commencent à changer avec l’introduction de la fameuse LAT (loi sur l’aménagement du territoire) et le développement de Thierrens en centre régional, Denezy est resté épargné par l’urbanisation galopante des campagnes vaudoises. En 2011, un article du Temps plaçait même le village parmi «les maîtres du réduit campagnard». Pour Anne Marion Freiss, cette croissance en douceur a permis aux nouveaux habitants venus des villes de s’intégrer parfaitement dans le tissu social et associatif.

A ses côtés, verre de chasselas à la main, le député «régional de l’étape» et vice-président du PLR vaudois Alexandre Berthoud abonde: «Ici, tout le monde veut participer. Il y a de la solidarité. Bien sûr, nous ne sommes pas le coin du canton le plus performant économiquement, mais il y a une vraie vie. Les relations y sont imprégnées d’humanité.»

Héritiers des brigands

Même si la culture reste fondamentalement paysanne, à Denezy, comme ailleurs sur ces Hautes-Crêtes, on revendique un certain esprit frondeur. Un tempérament sans doute hérité des fameux brigands du Jorat, qui écumaient au Moyen Age ces bois, christianisés tardivement, et qui effrayaient tant les bonnes gens de Lausanne. En 1702, les autorités pendaient 25 brigands à Vidy, laissant leurs corps se ballotter durant plusieurs mois, un épisode historique qui a forgé le mythe. «Je crois qu’aujourd’hui encore, on est resté un peu des sauvages», lance en riant l’humoriste Bouillon.

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