Le Temps: La densification des zones villas, une fausse bonne idée?

Marcos Weil: Non, c’est une bonne idée. Mais l’on ne fait que la moitié du chemin en déclassant des terrains. La densification se heurte à de nombreuses difficultés, à des résistances. Finalement, elle dépend toujours de la décision du propriétaire. Il est trompeur de brandir cette piste comme LA solution permettant de résoudre la crise du logement.

– La zone villas en ville est-elle une forme d’habitat condamnée?

– Je ne pense pas. Cette aspiration résidentielle est forte dans la population, on doit aussi y répondre. Mais c’est un mode qui est très consommateur d’espace: les zones villas représentent sur le canton de Genève 45% de la zone constructible pour environ 8% de la population.

– Les habitants des zones villas se veulent les défenseurs d’une ceinture verte qui profiterait à tout le monde. Crédible?

– C’est en tout cas de moins en moins vrai. La zone villas se densifie d’elle-même. On constate partout que le sol devient de plus en plus imperméable, avec les nouvelles maisons, les garages ou les abris pour la tondeuse. Il y a la valeur de la végétation, certes, mais elle ne fait pas le poids face à la valeur collective du logement. D’ailleurs, les opérations de densification ne vont pas sans préserver des espaces verts.

– La surélévation d’immeubles est-elle une meilleure piste de densification?

– Elle ne peut produire du logement que très marginalement, dix logements par-ci, cinq par-là. Là aussi les résistances sont fortes, comme on le voit avec le projet d’ajouter deux étages à la Cité Honegger dans le quartier de la Jonction. Les surélévations présentent par ailleurs le risque de dépareiller des unités de gabarit remarquables dans le tissu urbain pour un gain dérisoire.

– Densification égale détérioration…

– Au contraire, densification doit rimer avec qualité pour être acceptable. Mais il faut admettre que ce terme est négativement connoté dans la population, qui l’identifie à entassement ou promiscuité. Les cités construites dans les années soixante ont pourtant le même indice de densité (1,2) que le vieux Carouge du XVIIIe siècle. A la Praille, des densités bien plus élevées sont envisagées.

– La verticalité a presque aussi mauvaise presse que l’habitat individuel. Devrait-on construire plus de tours?

– Pour le logement, je suis sceptique. Nous ne sommes pas à New York, ici la construction de tours implique un important dégagement au sol, avec la création d’espaces disproportionnés qui ne favorisent pas les contacts humains.

– Faut-il sacrifier la zone agricole, dont Genève est fier mais qui contribue à reporter sur ses voisins la charge du logement?

– On le fait déjà, modestement. Les Genevois votent le 15 mai sur le projet des Cherpines, qui prend 58 ha sur la zone agricole. Il offrira 3000 logements, alors que l’Etat en a promis 2500 par an. On ne pourra pas à chaque fois déclasser 50 hectares, il faudra des projets plus denses. Pendant trente ans, pour préserver son environnement, Genève n’a plus produit de foncier urbanisable. Il y a eu une déconnexion complète entre la politique économique et la politique du logement, sans voir que se créait un problème énorme qui aujourd’hui profite notamment au MCG.