Il a voulu faire durer le suspense le plus longtemps possible. Augustin Macheret, qu'on sentait en fin de règne depuis plusieurs mois, a toujours répondu très évasivement à la question de savoir s'il serait à nouveau candidat au Conseil d'Etat fribourgeois en novembre 2001.

Le Parti démocrate-chrétien était, de manière interne, convenu que les trois membres PDC du gouvernement en place, Urs Schwaller, Michel Pittet et Augustin Macheret, devaient se déterminer sur leur avenir à la fin de l'an 2000. Le chef de l'Instruction publique aura fait languir les responsables PDC plus d'une semaine. Sa prise de position n'est parvenue que mardi après-midi à la direction du parti, prise de court sur la manière de communiquer la nouvelle.

«J'aurai atteint 69 ans à la fin de la prochaine législature. Place aux jeunes!» explique aujourd'hui le directeur de l'Instruction publique pour motiver un départ qui sera effectif en novembre. Michel Pittet, qui avait clairement laissé entendre qu'il pourrait se retirer, a finalement changé d'avis. Le chef de l'Economie publique, après avoir avalé les couleuvres de la crise économique et de la déconfiture financière des transports publics fribourgeois (GFM), entend désormais récolter les fruits de la gestion d'une économie entrée dans des eaux plus calmes.

Urs Schwaller étant accroché aux finances cantonales, le parti se trouvait devant un dilemme. Il ne pouvait pas se permettre de laisser ses trois poulains entamer une législature supplémentaire. Les statuts interdisant un quatrième mandat, le PDC se serait retrouvé «à nu» en 2006, selon son président, Paul Sansonnens. Le plus grand parti du canton ne voulait pas prendre le risque de perdre un siège en renonçant aux «primes» électorales au sortant.

Augustin Macheret, que les questions sur son retrait agaçaient, donne l'image du conseiller d'Etat sacrifié. «Ma décision favorise une ouverture et peut permettre à une femme de compléter le trio», constate le chef de l'Instruction publique. Deux noms sont déjà avancés. Isabelle Chassot, conseillère personnelle de Ruth Metzler, et Nicole Zimmermann, ancienne présidente du parti cantonal. «Je ne dis pas non d'emblée», souligne cette dernière, qui entend s'assurer que la base du parti désire vraiment une candidature féminine.

Au terme de près de dix ans de règne à la tête de l'Instruction publique, Augustin Macheret laisse un bilan mitigé. Son principal succès est d'avoir su convaincre ses collègues de la nécessité, en période de crise économique, de ne pas sabrer dans le budget de l'éducation. Augustin Macheret s'est aussi transformé en bâtisseur d'écoles: cycles d'orientation, nouvelle école de degré diplôme, et surtout le complexe universitaire de Pérolles, plébiscité par un vote populaire en novembre 1999. Ce projet à 122 millions de francs constitue son «meilleur souvenir, qui symbolise la réconciliation de la population avec l'université».

L'échec le plus cuisant est rattaché au rejet populaire, à 500 voix près le 24 septembre 2000, de l'introduction du bilinguisme à l'école. «J'ai sans doute eu raison trop tôt. Si c'était à refaire, j'investirais une année supplémentaire pour informer le corps enseignant», commente-t-il.

Quel paradoxe! Le membre du gouvernement le plus friand de concertations et du renvoi de la balle de commission en commission pour retarder le moment des décisions difficiles, se serait montré trop pressé. Certains députés invoquent pourtant sa responsabilité directe. «Il n'a pas su calmer la contestation des enseignants, en partie antérieure à ce projet. Il avait de la peine à décevoir des personnes par ses décisions et avait l'art de faire des promesses qu'il savait ne pas pouvoir tenir», explique une élue socialiste.

Augustin Macheret a pourtant démontré, notamment hors de son département, les qualités de ses défauts, en bouclant avec un calme sénatorial l'enquête administrative contre le policier Paul Grossrieder, dossier hérité tardivement de son collègue Claude Grandjean.