Il n'aura travaillé pour la future exposition nationale que deux mois. André von Moos, ex-patron des aciéries homonymes, était entré en fonctions au début de juin et les quittera au terme de sa période d'essai. La directrice d'Expo.01, Jacqueline Fendt, l'avait choisi comme chef d'état-major, créant au passage ce poste pour ce manager devenu consultant. Dans un communiqué, les deux parties indiquent laconiquement que «les attentes réciproques se sont montrées trop différentes».

Jacqueline Fendt elle-même ne veut pas épiloguer, rappelant que la «nouveauté du poste» – «Nous n'avions donc aucune comparaison possible» – ouvrait évidemment la voie à quelques balbutiements. Le porte-parole Laurent Paoliello insiste d'ailleurs sur la «sérénité» qui nimberait ce départ: «Une péripétie. L'Expo perd un chef de cabinet, pas un ministre», ce d'autant que l'équipe s'est rodée aux turbulences depuis «ces tempêtes qui nous ont tant appris».

De fait, c'est bien un problème de visions personnelles qui semble s'être posé durant ces deux petits mois. Censé coordonner les activités des quatre directions d'Expo.01 (artistique, technique, transports et environnement et financière), André von Moos était appelé à décharger la directrice de nombreuses tâches administratives: «Ce rôle n'est pas d'assurer la liaison avec les milieux extérieurs. Il est interne à l'organisation», affirmait Jacqueline Fendt peu avant cette nomination (Le Temps du 31 mai). Il n'empêche: conservant un lien manifeste avec les milieux économiques, André von Moos entrait, une semaine après son accession à l'état-major d'Expo.01, au conseil d'administration de la société Mobility Carsharing Suisse, avec notamment pour mission de développer cette société à l'étranger.

A tort ou à raison, l'arrivée d'un tel capitaine d'industrie a suscité des attentes tant chez les sponsors que parmi les représentants politiques, par exemple au comité stratégique. Or, André von Moos n'a visiblement pas fait montre d'un activisme frénétique. Au comité, on reconnaît ne pas l'avoir beaucoup entendu. A la commission de projet, qui rassemble les représentants cantonaux chargés d'assurer le relais avec leurs administrations, on ne l'a jamais vu – ses membres ont d'ailleurs appris la nouvelle en même temps que la presse.

C'est également le cas des «partenaires communication» (les principaux sponsors), auprès desquels il semble que le manager ne se soit pas vraiment fait connaître. L'un d'eux affirme même qu'à la sortie des réunions, certains se demandaient à quoi servait ce chef d'état-major. Raison pour laquelle plusieurs sponsors jugent que son désistement ne change rien à leur engagement, à l'instar de Swisscom, ABB ou Coop, même si le distributeur «regrette ce nouveau départ», selon les termes de son porte-parole Karl Weisskopf. Son homologue aux CFF Jean-Louis Scherz estime que la nouvelle pourrait affecter davantage des entreprises privées, dont la contribution est avant tout financière: «Je ne minimise pas les conséquences de cette défection. Mais, en ce qui concerne le prestataire que nous sommes, elles relèvent plutôt des contacts personnels.»

Quant au partenaire UBS, il estime que ce n'est pas son rôle de faire un commentaire à ce sujet: «Avec tous les départs qu'il y a eu, nous avons pris l'habitude de ne pas prendre position», explique Monika Dunant, porte-parole de la grande banque. Elle ne dira donc rien, pas même si la nouvelle doit remettre en cause le soutien de l'établissement. Face aux milieux économiques, Jacqueline Fendt ne redoute pas d'impact négatif au départ de l'industriel car «nous sommes tous des managers».

En définitive, la direction d'Expo.01 reconnaît implicitement que cette «péripétie» a pu être marquée par un trop grand empressement. La hâte avec laquelle la direction a créé cette fonction fut de toute évidence provoquée par la crise que l'organisation a connue quelques semaines après le départ de Pipilotti Rist. Au sein de la direction, on se demande si ce poste «était aussi nécessaire que cela», selon Laurent Paoliello. Jacqueline Fendt affirme vouloir le reconduire, «mais redéfini».