Sehadit Elshani caresse son ventre tout rond en soupirant. Il fait chaud, ce vendredi après-midi au Service vaudois de la population. Elle attend depuis une heure, elle n'en peut plus d'attendre. Sehadit est venue avec son mari, Feta, pour tenter de faire prolonger l'attestation de séjour du chef de famille. La peur la tiraille depuis quatre jours: bien qu'enceinte de son quatrième enfant depuis 8 mois, la jeune Kosovare et sa famille avaient reçu un billet d'avion pour le 8 août, direction Pristina. Elle ne s'est pas présentée à l'aéroport. La voilà, avec son mari, dans la gueule du loup. Des amis l'ont avertie: la plupart de ceux qui ne se sont pas rendus à l'aéroport et qui reviennent ici ne repartent plus. Les hommes sont parfois détenus jusqu'au matin du vol et les familles expédiées à l'aéroport. C'est pourquoi elle a tenu à accompagner Feta: elle, dans son état, on ne l'enfermera pas. Ses trois enfants sont chez son beau-frère, qui, lui aussi, avec toute sa famille, a reçu son billet d'avion. Dans le couloir d'attente, des portes claquent, des voix s'élèvent, un fonctionnaire excédé brandi un papier plié en quatre: «C'est Berne qui décide, Monsieur! Adressez-vous à Berne!» Plus loin, sur le banc, un jeune explose: «Cela fait deux heures que j'attends! J'ai mon billet d'avion pour lundi!» Ici, on ne donne pas de rendez-vous, on attend.

Enfin, Sehadit et son mari sont appelés. Ils ne diront pas un mot. Leur défense est organisée, branlante. L'épouse de l'employeur de Feta accompagne le couple à l'entrevue, d'abord pour témoigner que l'entreprise a besoin de Feta, mais aussi pour dire que «j'ai été enceinte, Monsieur, et je sais ce que c'est». L'homme en face est un apprenti, qui ne fait que constater: le couple ne s'est pas présenté à l'aéroport et il ignore quelles en seront les conséquences. Aujourd'hui vendredi, personne ne peut prendre de décision. Sehadit et Feta devront revenir lundi. «Donnez-leur un rendez-vous!» insiste l'épouse de l'employeur. «Nous sommes ouvert dès 8 h 30», répond l'apprenti. Le couple sort du bureau, croise un compatriote menotté entre deux policiers. Sûrement un délinquant dont on va vérifier l'identité, puisque le canton de Vaud assure n'utiliser les menottes qu'en cas de force majeure.

Le couple revient lundi, cette fois accompagné d'un avocat. L'attente reprend. Deux heures, selon l'avocat qui n'a pas tenu: il est parti avant l'entrevue. Le couple est finalement écouté par un employé compétent, heureux de pouvoir débloquer la situation, dans un sens humanitaire, bien sûr, à la hauteur de la réputation du service. L'attestation de séjour est prolongée jusqu'au 14 septembre. Soit le jour exact du terme de la grossesse évalué par le gynécologue. C. S.