Marc Pidoux, le jeune frère de Christian, n'a jamais voulu autre chose que libérer Katia Pastori des griffes d'exécutants impatients. A aucun moment il n'est intervenu pour favoriser le bon déroulement du kidnapping de Stéphane Lagonico. Fort de cet argument, Me Michel Bettex a donc conclu à l'innocence de son client. Non sans avoir dépeint Marc Pidoux à l'image de son père. Comme l'avocat et ancien conseiller d'Etat, il a hérité de cette éducation qui veut que l'on n'exprime pas sa souffrance, que l'on pleure de l'intérieur. «Qui ne s'est pas demandé comment Philippe Pidoux résiste à cette épreuve, comment il a pu s'occuper de l'Union Vaud-Genève alors que l'affaire venait d'éclater?» s'est interrogé Me Bettex en soulignant que pour le cadet cette maîtrise de soi s'était également forgée en art de vivre. «Acquitter Marc, c'est montrer que tout n'est pas si noir dans cette famille, c'est aussi lui redonner un peu de lumière.»

La défense a rappelé que Marc Pidoux est intervenu dans cette affaire, le lendemain du rapt, à la demande de son frère pour prendre la place d'une Katia Pastori retenue au domicile d'un des intermédiaires. Depuis leur enfance, ces deux enfants des rues de Cali, adoptés par la famille Pidoux, se protègent contre le reste du monde. «Cette fidélité animale» ne se traduit pas par une volonté de suivre aveuglément les frasques de l'autre, rappelle Me Bettex. La preuve, Marc n'est pas un flambeur, ni un adepte des sorties nocturnes. S'il est allé se mettre dans la gueule du loup, c'était pour arranger les choses, pour éviter que la situation ne dégénère. Rien de punissable, ajoute son défenseur.

Un monsieur ou un caïd?

Dès l'arrivée de Naïm, considéré comme le chef des hommes de main, Marc Pidoux a perdu tout libre arbitre. L'accusation retient d'ailleurs en rapport avec ces faits le délit de contrainte à l'encontre des exécutants. Ce qui place Marc Pidoux et Katia Pastori dans la position peu commune d'être à la fois accusés et victimes lors d'un même procès. «Dire que Naïm peut inspirer la peur relève de la litote», ajoute Me Bettex en rappelant une formule du procureur général: si le pasteur qualifie Naïm de monsieur, il faut traduire cela par caïd. Comment l'accusation peut-elle dépeindre ce Kosovar comme un véritable cauchemar tout en accréditant la thèse que celui-ci entendait libérer l'otage et que c'est Marc Pidoux qui l'en aurait dissuadé? Pourquoi diable ce dernier aurait-il suggéré à Naïm de prolonger ce rapt alors que cela équivalait à le maintenir lui-même dans cette position de monnaie d'échange plus longtemps? Autant de contradictions qui, selon l'avocat, accréditent la thèse d'un Marc Pidoux menacé, terrorisé et passif. Une fois partie de la rançon payée et partagée entre les protagonistes, Marc Pidoux a retrouvé sa liberté de mouvement. Pourquoi a-t-il appelé Mike, l'intermédiaire au domicile duquel il prétend avoir vécu l'enfer, en disant: «J'espère qu'on se reverra dans d'autres circonstances.» Pour Me Bettex, c'est une formule de politesse désincarnée, un peu comme lorsqu'on remercie et on salue le policier qui vient de nous infliger une amende.

Un second accusé a demandé son acquittement. Il s'agit du cousin de Naïm chez qui l'otage a passé sa deuxième nuit de captivité. Selon Me Olivier Constantin, Dritan n'a tout simplement pas eu le choix. Il a été mis devant le fait accompli, contraint à devenir l'instrument des autres.

Après que les membres de la première équipe de «glandeurs», comme les avait appelés Christian Pidoux, eurent plaidé la clémence du Tribunal, le ton des interventions a radicalement changé avec l'entrée en scène des exécutants du rapt. Charles Munoz, l'avocat du geôlier armé de Stéphane Lagonico contre lequel l'accusation a demandé 10 ans de réclusion, n'a pas ménagé ses critiques à l'encontre du procureur général et de son réquisitoire «ahurissant de sévérité, implacable, disproportionné dans sa longueur mais vide quant à la motivation des sanctions massues réclamées».

«Il n'a pas osé»

Pour le défenseur d'Ajet, cette vision d'une justice qui ne voit que la gravité de l'acte sans s'attacher à comprendre les auteurs «fait froid dans le dos». Son client, ajoute-t-il, assume sa participation mais conteste toute cruauté envers l'otage. Dans ses premières déclarations, rappelle Me Munoz, Stéphane Lagonico avait dit qu'Ajet s'était toujours adressé poliment à lui. Depuis, la victime a durci le trait. Sans doute parce que les souvenirs ressassés deviennent forcément empreints de subjectivité. Certes, Ajet aurait pu libérer Stéphane Lagonico. «Il n'a pas osé. Il n'était pas le chef du quatuor, simplement un chien de garde.» L'entente des exécutants commence à se fissurer. Les plaidoiries se poursuivent.