Santé

Comment dépister l’Alzheimer en trois étapes

A l’occasion de la Journée mondiale de l’Alzheimer, les centres mémoire vaudois ouvrent leurs portes. Conçus spécialement pour dépister la démence, ils décèlent toute faiblesse avec une efficacité redoutable

C’est la Journée mondiale de l’Alzheimer. Démence la plus répandue, 50 millions de personnes en sont atteintes dans le monde et 120 000 en Suisse. Un chiffre qui devrait plus que doubler d’ici à 2050.

Premier canton à se doter d’une politique publique en la matière en 2010, Vaud fait figure de précurseur. «Quatre centres mémoire à Lausanne, Rolle, Yverdon et Vevey aident à poser un diagnostic et à mettre en place les ressources nécessaires à une prise en charge», explique Stéfanie Monod, cheffe de la santé publique vaudoise. Le Temps s’est rendu au Centre mémoire de l’Est vaudois, à Vevey, pour rendre compte des politiques mises en place face à la maladie.

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«Quand on a ouvert il y a six ans, on nous demandait pourquoi. Aujourd’hui, nous avons plus de 300 consultations par année», explique Enver Lleshi, directeur du centre. Comme l’hygiène de vie s’améliore, la démence est en fait en déclin. Cependant la population vieillit, l’espérance de vie augmente et les cas d’Alzheimer avec elle. L’âge est en effet le facteur prépondérant. «Les plus jeunes atteints le sont dès 45 ans. La moyenne se situe, elle, au-dessus de 70 ans», indique le médecin.

Le développement antérieur des symptômes débute toutefois communément cinq ans avant le premier diagnostic. En Suisse, celui-ci intervient souvent lors du test d’aptitude des conducteurs, à 75 ans. Les autres sondés sont adressés au centre par leur médecin traitant ou par leurs proches. Rares sont les volontaires: la plupart des dépistés soutiennent mordicus que tout va très bien.

Détecter le mal

L’infirmière de liaison, Sandrine Beauverd, procède tout d’abord à une anamnèse sociale: «Oublier des choses n’est pas synonyme d’Alzheimer, indique-t-elle. Des oublis peuvent également être corrélés à une dépression ou à une prise excessive de médicaments.» Les tests commencent, souvent en présence d’un proche: des questions basiques sur l’âge, le lieu de résidence et la famille permettent d’emblée de cerner la gravité des troubles. S’ensuivent une pléthore d’interrogations: déroulement d’une journée type, existence ou non d’un réseau social, toilette, gestion administrative, transports, consommation d’alcool, de médicaments ou encore alimentation.

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Le parcours professionnel du patient est spécialement important: «Comme le disque dur cérébral est plus solide lorsqu’il a été fortement mobilisé dans le passé, les tests neuropsychologiques sont différenciés selon le niveau intellectuel du patient», explique le Dr Lleshi. Le proche aidant donne ensuite son avis en l’absence du patient, souvent réfractaire à la procédure.

Après cette première étape, place aux examens physiques par un docteur: auscultation de pied en cap, pression, examen neurologique. Un IRM permet de déceler une potentielle atrophie du cerveau alors que le passage d’un PET scan expose de probables dysfonctionnements métaboliques.

Enfin, la neuropsychologue procède à une batterie d’observations de plus de deux heures. Des questions déjà posées reviennent, pour ausculter la consistance du patient. Puis le proche aidant s’éclipse et l’état des lieux continue: test des mémoires long terme, court terme, de travail et visuelle: mémorisation d’une liste de courses, reconnaissance de personnalités, capacité à citer des mots commençant par la même lettre, suite de chiffres à réciter à l’endroit et à l’envers, gestes à effectuer en miroir ou encore questions absurdes: «A Lausanne, y a-t-il plus de rues qui montent ou qui descendent?» Il y aurait beaucoup de fautes, malgré l’évidence.

Indispensable dépistage

A l’issue des examens, une évaluation cognitive globale est délivrée. S’il n’existe pas de traitement curatif, des mesures thérapeutiques stabilisantes sont disponibles. Le diagnostic n’est donc pas uniquement informatif: «Diagnostiquer la maladie, c’est prévenir de probables maltraitances», explique le Dr Lleshi.

Vulnérables, les patients atteints sont en effet régulièrement sujets à des cas d’escroquerie ou de violence physique. «Un diagnostic précoce permet également de prendre les décisions qui s’imposent avant qu’il ne soit plus possible de le faire.»
Pour le futur, il est permis d’espérer: une recherche actuellement en cours à l’Université de Zurich pourrait prochainement aboutir à un véritable traitement.

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