Au-delà de leurs profondes divergences sur le projet de réforme de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) qui leur est soumis, les députés vaudois manifestent presque tous un attachement commun pour une banque cantonale dont l'Etat garantisse qu'elle joue bien sa mission de proximité. S'il fallait trouver un point commun, c'est celui qui se dégage des travaux de la commission parlementaire, qui a tenu ses premières séances mercredi et vendredi. L'appétit manifesté par le Credit Suisse et révélé par Le Temps entre les deux réunions semble avoir suscité un mélange d'incrédulité et de rejet: une telle alliance ne sourit ni à la banque elle-même, ni au Conseil d'Etat, ni à la droite. Quant à la gauche, rappelons qu'elle s'oppose au désengagement envisagé, qui prévoit de ramener la part de l'Etat dans le capital de 51% à 331/3 %.

Evoquée au sein du Parti libéral lors de la consultation, l'option d'une privatisation totale n'est plus d'actualité, ainsi que le souligne le député libéral Patrick de Preux. Selon lui, le risque est trop grand que la banque n'évolue alors vers une séparation complète entre les activités de gestion de fortune, qui représentent son point fort, et celles de la banque de détail, un domaine dans lequel l'établissement, avec 65% de pénétration du marché, ne peut que reculer et qu'il pourrait même être tenté de céder s'il était délié de toute contrainte.

Cela dit, le député s'interroge sur les 15 à 18% qu'il est question de vendre à un ou plusieurs partenaires stratégiques. Malgré les affirmations contraires de la direction de la BCV, il craint que la part offerte ne soit pas assez grande pour intéresser un acquéreur, à moins qu'elle ne puisse être complétée par une OPA amicale sur le marché. «En passant de 51% à 33% on ne risque rien, mais l'on peut se demander si cela sert à quelque chose», résume-t-il. Patrick de Preux, qui a personnellement commandé une étude sur la BCV à la société américaine Morgan, s'inquiète également du «point faible» de la banque: une part trop élevée de prêts à risques (9%). La direction de la BCV n'a pas contesté ce ratio, mais affirme que la situation se rétablissait progressivement.

Comment garantir au mieux la mission de proximité à laquelle on tient? Le radical Jean-Claude Rochat n'est pas opposé par principe à un certain désengagement public, contrairement à ce que nous indiquions ici (Le Temps du 15 février). En revanche, il veut que le rôle de l'Etat au sein de la BCV, «qui ne dépend pas que du niveau de sa participation au capital», soit bien cadré. Les administrateurs représentant le canton doivent pouvoir attester, non sous forme de rapports, mais au travers de fréquents contacts avec l'Etat, que la banque respecte bien la mission qui est lui attribuée par la loi.

Contrepoids aux activités des deux grands

L'écologiste François Marthaler, lui, attend toujours la réponse à sa question: il a demandé à connaître les salaires des postes dirigeants de la banque. Sur le fond, une présence de l'Etat ramenée à 33% des actions ne lui paraît pas la bonne solution. Il faudrait soit plus, soit moins. Le député vert a déposé un amendement pour que l'Etat, même s'il réduit sa présence dans le capital, conserve au moins la majorité des droits de vote. «Majoritaire, le canton n'a jamais remis en question les options stratégiques de la banque, affirme François Marthaler. Mais avec 33%, il n'aurait plus de contrôle sur le conseil d'administration.»

«Ce qui nous paraît prioritaire serait la constitution d'un conglomérat des banques cantonales romandes, pour faire contrepoids aux activités des deux grands», explique Christian Puhr, un autre écologiste. Ce dernier n'est pas député mais responsable de la société de capital-risque Renaissance PME. Pour les verts, le statut cantonal doit s'accompagner d'un engagement de la banque à rechercher un équilibre entre les partenaires de même valeur que sont les clients, les employés, les actionnaires et la société civile. Mais le principe du développement durable n'ayant pas été retenu dans le projet de loi, les écologistes sont prêts à soutenir le référendum annoncé comme «fort probable» par les socialistes. Pour le libéral Patrick de Preux, un référendum serait funeste pour la valeur du titre BCV. Mais il ne voit pas comment amender la loi pour désarmer l'opposition: «La gauche doit comprendre que la BCV est une banque d'affaires.»