«Je suis vraiment surprise, souligne Antoinette Romanens, présidente du groupe socialiste du Grand Conseil fribourgeois. Je ne m'attendais pas à ce que les députés de droite recourent à la langue de bois sur ce sujet. Je ne comprends pas leur crainte.» Le vote des députés, saisis jeudi d'une résolution de soutien à l'initiative «Oui à l'Europe!» soumise à votation populaire le 4 mars, est pourtant très clair. Par 60 voix contre 35 et 9 abstentions, il a refusé de recommander à la population fribourgeoise de voter oui à l'initiative demandant l'ouverture de négociations d'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. En rejetant le texte qui lui était soumis, le parlement a également formellement refusé son soutien à l'initiative. De là à dire qu'il recommande le non, il n'y a qu'un pas que personne n'ose franchir sur ce terrain soudain devenu scabreux dans les rangs de la droite.

Les circonlocutions de certains députés démocrates-chrétiens et radicaux qui n'ont pas délivré le fond de leur pensée sur l'initiative «Oui à l'Europe!», ajoutées à une interprétation floue du nouveau règlement du Grand Conseil, contribuent à la confusion sur la portée exacte de ce vote.

L'intention du Parti socialiste était pourtant limpide. En se référant à l'esprit d'ouverture européenne de l'électorat fribourgeois, exprimé par une majorité de 65% en faveur de l'EEE en 1992 plaçant Fribourg dans le club des cinq cantons les plus enthousiastes, la gauche attendait «un signe bienvenu du parlement». «Je m'attendais à un message clair en faveur du oui qui aurait pu convaincre quelques électeurs hésitants», regrette Antoinette Romanens.

Le fond et la forme

Le nouveau règlement du Grand Conseil, en vigueur depuis le début de l'année, a remplacé la «motion aux fins de résolution» par la «résolution». Cette nouvelle procédure supprime du même coup un vote en deux temps, le premier sur la forme, le deuxième sur le fond. Cela n'empêche pas plusieurs députés bourgeois, ouvertement favorables à l'initiative, d'affirmer avoir refusé l'entrée en matière mais pas la résolution elle-même. «J'ai voté non à cette manière de procéder, explique Paul Sansonnens, président du Parti démocrate-chrétien. Ce n'est pas le rôle du Grand Conseil de donner des mots d'ordre lors de votations fédérales. Notre décision concernait la forme et non le fond. Je suis persuadé qu'une majorité du PDC fribourgeois est en faveur de l'initiative.»

Dans cette confusion des genres exprimée durant un débat de plus d'une demi-heure, seules la gauche et l'UDC ont parlé clair. Le soutien parlementaire à l'initiative «Oui à l'Europe!», ressenti comme une simple formalité dans les cantons de Vaud et Genève, s'est heurté, à Fribourg, à une sorte de devoir de réserve, à l'image de celle du gouvernement qui n'a pas discuté de la question.