«Nous devons prendre en compte la réalité, ne pas faire l'impasse sur les évolutions de comportement. Nous devons donc traiter sérieusement des pratiques naturelles dans un débat politique ouvert et serein.» Jeudi soir, au Grand Conseil genevois, le député libéral Michel Balestra s'est fait le premier porte-parole des naturopathes. Il a été suivi par de nombreux autres parlementaires qui ont volé au secours des médecines douces (homéopathie, phytothérapie, réflexologie, acupuncture, drainage lymphatique, etc.). L'exercice de ces «pratiques millénaires efficaces», comme l'explique Michel Balestra, est menacé par un projet de loi émanant du Département de justice et police (DJPT) précédemment envoyé en commission: ce texte fait partie d'une série de dispositions visant à mieux lutter contre les dérives sectaires et les charlatans en réprimant plus clairement l'exercice illégal de la médecine.

Mais selon les naturopathes, ce texte du DJPT rendrait illégale la pratique de leur profession. Pour se défendre, ils se sont appuyés sur un groupe de députés qui a déposé en février dernier un projet de loi sur l'exercice de la naturopathie. Le sujet transcende les clivages partisans: le texte est en effet cosigné par les libéraux Michel Balestra et Olivier Vaucher, les radicaux Pierre-Pascal Visseur, Thomas Büchi et Marie-Françoise de Tassigny, ainsi que par le député de l'Alliance de gauche Gilles Godinat. Ils proposent de réglementer les professions de la naturopathie, «en soumettant à autorisation la pratique de la naturopathie, en préconisant la tenue de registres et en mettant en place un système de contrôle», par le biais d'une commission de surveillance.

«C'est vrai, certaines sectes utilisent de pseudo substances naturelles pour attirer leurs ouailles. Mais ne jouons pas à l'autruche! lance Pierre-Pascal Visseur. Aujourd'hui, certaines caisses remboursent les pratiques naturelles. Et certaines médecines douces sont même utilisées dans les Hôpitaux universitaires de Genève: l'acupuncture à la maternité ou la réflexologie en gériatrie. Il faut donner un statut légal à ces professions.»

Tout en soutenant l'envoi du projet en commission, l'écologiste Jean-Pierre Restellini a souligné la difficulté de la tâche: «Ce secteur non conventionnel se prête difficilement aux exercices normatifs et législatifs. L'Etat ne pourra jamais faire à la place des consommateurs le choix définitif entre le bon grain et l'ivraie».

La socialiste Elisabeth Reusse-Decrey accueille aussi le projet avec satisfaction «parce qu'il va permettre le débat», mais le texte tel qu'il est rédigé ne lui convient pas. Idem pour la démocrate-chrétienne Nelly Guichard: elle craint que «l'on se retrouve au centre d'une tourmente entre ceux qui auront réussi à se faire reconnaître par la loi et ceux qui en seront exclus».

Mais finalement tous les groupes politiques sans exception ont été d'accord de renvoyer le projet à la commission de la santé où il sera étudié et amélioré puisque ses auteurs reconnaissent qu'il n'est pas parfait. Il sera sans doute traité en même temps que le texte du DJPT luttant contre l'exercice illégal de la médecine.