Le succès, ce dimanche, du référendum contre le crédit d'étude destiné à développer le projet architectural Ying-Yang sur le site de Bellerive à Lausanne déclenche des réactions en cascade. Immédiates. Pas moins de trois textes vont être déposés aujourd'hui au Grand Conseil vaudois demandant au gouvernement de reprendre le dossier du nouveau Musée cantonal des beaux-arts. Histoire d'étudier des nouvelles possibilités, voire de réexaminer les anciennes qui avaient été abandonnées, sinon de plancher sur un réaménagement d'envergure du Palais de Rumine et de sa place de la Riponne.

Quant aux collectionneurs, on connaît la déception de la Fondation Planque (LT du 01.12.08). Réfractaire à Rumine, elle se tourne déjà vers d'autres lieux d'accueil. Suzanne Dubois, dépositaire de la collection rassemblée par son mari, décédé en février dernier, reste certes ouverte mais exclut désormais toute promesse ferme de donation. On se souvient qu'Alain Dubois avait garanti de léguer ses chefs-d'œuvre au nouveau musée seulement si celui-ci s'était dressé à Bellerive. Le non des urnes rend caduc l'engagement, déclare sa femme très déçue, même si elle évaluera le moment venu l'opportunité d'un don.

Rebondir

A son tour, le conseil de la Fondation pour le Musée des beaux-arts à Bellerive – vouée à la recherche de fonds privés – a annoncé sa dissolution en toute logique «afin de mener une réflexion affranchie du but de la fondation, une réflexion tous azimuts», explique Me François Carrard, son président. Plus laconique la Fondation Leenaards, qui s'est engagée depuis longtemps à participer au financement du nouveau musée. Contactée, elle indique que son conseil va se réunir le 11 décembre et qu'elle communiquera ensuite sa décision au gouvernement.

Bref, un jour après l'échec de Bellerive, les choses s'accélèrent, s'emballent presque. Voilà pourquoi dimanche soir déjà, pour minimiser les dommages et reprendre la main sur le dossier, le Conseil d'Etat avait affiché son ambition de rebondir rapidement après une analyse approfondie du résultat. Pascal Broulis, président du collège, avait insisté sur le souhait de profiter de la «dynamique» créée malgré tout par le projet recalé. Dès le début de l'année prochaine, le Conseil d'Etat devrait être en mesure d'annoncer ses intentions, avait-il précisé.

Les députés montrent le même empressement. Comme s'il fallait tout remettre à plat. Du coup, on revient en 1999. Même si entre-temps une procédure d'une durée de dix ans a abouti au rejet populaire de la variante retenue à l'époque: le musée sis au bord du lac Léman à Bellerive au sud de Lausanne.

Etude pour Rumine

Or, deux lignes de conduite se dessinent. L'une et l'autre souhaitent en réalité recommencer le processus en espérant davantage de consensus Au parlement, radicaux et socialistes – les uns au moyen d'une interpellation accompagnée d'une résolution, les autres avec un postulat – s'apprêtent à demander l'examen de toutes les variantes, connues et nouvelles. Les référendaires, où l'on retrouve des UDC, des membres d'Ecologie libérale, des représentants d'A Gauche toute! réclameront par contre, via un postulat, une étude de faisabilité pour le maintien du Musée des beaux-arts à la Riponne. Au cœur de la cité, explique Jacques-André Haury, député d'Ecologie libérale. Tout comme les projets esquissés par le collectif «pour un Grand Rumine» ou par Pierre Frey, directeur des Archives de la construction moderne de l'EPFL.

Encore sous le coup de la déception, Anne-Catherine Lyon, ministre de la Culture, a affiché son hostilité à l'égard de cette éventualité. Les collections casées dans le Palais de Rumine étouffent. Voilà pourquoi, a répété la magistrate socialiste, le futur des beaux-arts est ailleurs. D'autant plus, soulignait Silvia Zamora, municipale lausannoise, que la capitale entend installer le Théâtre pour enfants dans l'ancien cinéma Romandie, au nord-ouest de la place. Et investir les lieux avec son projet «la culture au cœur de la ville». En somme, la place plutôt déserte, risque de s'animer quoi qu'il arrive.Au niveau communal, Yves Ferrari, l'un des quatre instigateurs du «Grand Rumine», revendique une vision d'ensemble du bord du lac, qui va d'Ouchy au Learning Center de l'EPFL. Un postulat prendra, là aussi, le relais d'un préavis, si celui-ci est retiré par la Municipalité. Préavis qui était destiné à octroyer un droit de superficie pour le musée, une subvention pour son édification et surtout à imaginer l'aménagement d'un cheminement depuis la station du M2 jusqu'à Bellerive au fil des berges.