Les contestataires socialistes ont plaidé dans le désert et la conseillère d'Etat Jacqueline Maurer n'a pas eu de peine, mardi soir, à emporter le vote du Grand Conseil sur la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). Le mode de remboursement des bons de participation émis en 2002 pour sauver la banque a été accepté très nettement, lors du vote d'entrée en matière, par 81 voix contre 53 et 9 abstentions. La minorité de gauche, qui voulait renvoyer le dossier au gouvernement, n'a pas réussi à mordre au-delà de son propre camp, où l'on recensait même quelques défections.

A la suite de Roger Nordmann, devenu entre-temps conseiller national, le groupe socialiste a contesté ces derniers mois comme trop peu ambitieuse pour l'Etat la solution proposée par le gouvernement et la banque. «L'Etat renonce unilatéralement à son droit de transformer les bons de participation en actions et cela demande contrepartie», a fait valoir Jean-Michel Favez, le président du groupe rose. «Si l'on nous démontre que la conversion partielle n'est pas possible, alors il faut au moins recalculer le prix de vente, a ajouté Michèle Gay Vallotton. Les 2% annuels de prime sur le prix de base de 92 francs sont bas par rapport au risque encouru.» Le prix de l'action, que recevront les porteurs privés des bons de participation, se situe actuellement à 250 francs.

Paul Hasenfratz, vice-président du conseil d'administration de la BCV, devrait ainsi réaliser un bénéfice de 30 000 francs, pour avoir acquis lors de leur émission 200 de ces bons (LT du 01.03.2005). Le fait est suffisamment embarrassant pour que la banque ait fait savoir que ce montant irait à des œuvres de bienfaisance. Mais cet élément n'a pas pesé sur le débat parlementaire vaudois. Le libéral Patrick de Preux est venu à la défense de l'administrateur, sans être contredit: «Il a agi par devoir, comme un administrateur croyant en sa banque. A l'époque, l'Etat avait annoncé qu'il achèterait tous les bons si les privés ne s'y intéressaient pas.»

Lors du débat, les socialistes n'ont pas prétendu détenir la solution optimale, mais mis en évidence la difficulté à obtenir les éléments complets permettant de choisir en toute connaissance de cause entre divers scénarios. Leur demande de renvoi a été soutenue, avec plus ou moins de conviction, par les Verts. «Nous ne croyons pas au magot de 200 millions que font miroiter les socialistes, mais nous contestons qu'il y ait urgence à vendre ces bons», a relevé Philippe Martinet.

La conseillère d'Etat Jacqueline Maurer a assuré que plusieurs scénarios avaient été étudiés par le groupe de travail mixte Etat-BCV. Y compris le statu quo, étant donné que la banque présente encore, avec plus de 10%, une proportion de crédits à risque «la plus élevée d'Europe». La conversion totale ferait tomber l'action à 140 francs. Une conversion partielle créerait de l'incertitude. «Ce que nous proposons n'est pas un cadeau, mais la seule solution possible, a souligné la ministre. Si la BCV rembourse régulièrement, l'Etat aura fait un bénéfice de 140 millions, ce qui n'est pas rien.»

«Nous gardons en réserve la solution d'un emprunt à faible taux d'intérêt remboursable en actions de la banque», a encore dit Jacqueline Maurer. C'est ce qu'a fait la banque de Lucerne. Une option pour le jour où Vaud voudra se défaire de ses actions pour redescendre des 67% qu'il détient actuellement à sa majorité de 50,1% prévue par la loi.

La droite a tenté mardi dans la soirée d'arracher une telle décision dans la foulée. Le Conseil d'Etat, qui tient à séparer les deux choses, s'y est opposé. Jacqueline Maurer a eu gain de cause, mais de justesse, grâce à la seule voix du président. La gauche de son côté n'a réussi à faire passer aucun amendement et le projet a finalement été voté tel quel.