Dimanche 4 octobre 1998. Il pleut. C'est la saison de la truffe blanche. D'habitude, à cette époque, Achille Casanova allait toujours savourer le précieux champignon dans un restaurant italien de Berne en compagnie de son ami Jean-Pascal Delamuraz. Cette année-là, la dégustation se fait sans l'ancien conseiller fédéral. Malade, celui-ci a dû quitter le gouvernement quelques mois plus tôt et décède ce même dimanche de pluie.

Chantre de la collégialité

Depuis sa nomination au poste de vice-chancelier de la Confédération en 1981, Achille Casanova aura côtoyé 26 conseillers fédéraux, soit un quart de tous ceux qui ont été élus depuis 1848! C'est avec Jean-Pascal Delamuraz qu'il aura eu la relation la plus étroite. Le Vaudois et le Tessinois avaient en commun une vision de l'Etat, une sensibilité rare en politique, un humour mâtiné d'espièglerie, un goût épicurien de la bonne chère et de ce qui va avec. La disparition de son complice et ami restera «le moment le plus émotionnel» de sa longue carrière, comme il l'a lui-même relevé lorsqu'il a annoncé sa démission en janvier dernier.

Achille Casanova quittera officiellement la Chancellerie fédérale dans un mois pour devenir, à bientôt 64 ans, le médiateur de la radio-TV alémanique. Mais c'est ce mercredi qu'il participe à la dernière des 1200 séances du gouvernement auxquelles il aura assisté durant ses vingt-quatre années d'activité. On le connaît bien, Achille Casanova: l'émotion sera au rendez-vous, et les journalistes politiques sauront lui rendre hommage lors de l'apéritif que le Tessinois organise pour prendre congé d'eux.

Le départ d'Achille Casanova est un événement, car il aura marqué de son empreinte la politique d'information fédérale. Véritable ange gardien du gouvernement, de la concordance et de la collégialité, il a régulièrement éconduit les curieux qui cherchaient à connaître le rapport de forces au sein du collège et a toujours fermement condamné les fuites. Mais les divisions qui minent souvent l'exécutif fédéral sont un secret de Polichinelle, et celui qui n'a le titre officiel de porte-parole du gouvernement que depuis 2000 a vu sa tâche se compliquer depuis l'élection de Christoph Blocher.

Achille Casanova a d'ailleurs commis à cette occasion l'un de ses rarissimes faux pas. Interrogé par la radio tessinoise, il a regretté le départ de Ruth Metzler et de Kaspar Villiger et laissé entendre que leur remplacement par Christoph Blocher et Hans-Rudolf Merz risquait de remettre la collégialité en question. Il a ensuite dû se justifier et expliquer que ses propos devaient être perçus comme un hommage rendu aux deux partants et rien d'autre.

Pour le reste, il assure que, en vingt-quatre ans de carrière, il n'a jamais dû mentir, mais reconnaît qu'il n'a peut-être pas toujours tout dit. Ce qui n'a rien d'étonnant quand on occupe un poste aussi exposé. Sur le plan politique, les deux moments les plus difficiles auront été la démission d'Elisabeth Kopp en 1988 et le dépôt de la demande d'adhésion à l'UE en 1992, décision qui n'a pas été communiquée sur-le-champ et a logiquement fait l'objet d'une fuite.

Son successeur sera l'actuel chef de communication de Moritz Leuenberger, Oswald Sigg. On peut être sûr que celui-ci veillera sur ses sept «protégés» tout aussi bien que son prédécesseur, mais il n'en aura jamais ni la rondeur ni la truculence.