Chaque semaine depuis près de deux mois, «Le Temps» a suivi six candidats de partis et cantons divers. Ils ont raconté leurs jours de campagne, l’emprise de ce moment sur leur vie sociale ou de famille, leurs finances… Pour ce dernier jour, ils achèvent le chapitre.

Michaël Dupertuis (Vert’libéraux, Vaud)

«La journée a commencé tranquillement avec un petit-déjeuner en famille à la maison aux Dévens, suivi d’un café chez des amis à Fenalet, avec une vue magnifique sur les vignes et les forêts.

Malgré cette tranquillité apparente, j’avoue que le stress a commencé à monter dès que le premier pronostic est tombé. Il était midi, et les Vert’libéraux étaient crédités d’un peu plus de 3%, donc de deux points de moins qu’il y a quatre ans. Je ressentais alors une certaine angoisse en imaginant que tout le travail et les sacrifices des dernières semaines risquaient de ne pas porter leurs fruits. Malgré tout, les résultats des grandes villes n’étaient pas encore connus et je ne voulais pas sombrer dans le défaitisme.

A 15h45, j’ai pris le train pour rejoindre le stamm des Vert’libéraux au restaurant Le Milan, à Lausanne, où toute l’équipe suivait le direct de la RTS, et pour y lire les résultats publiés commune par commune.

Vers 16h30, à près de 50% du dépouillement, nous avons vécu un certain soulagement en comprenant que notre conseillère nationale, Isabelle Chevalley, serait vraisemblablement réélue.

Plus la soirée progressait, plus les résultats corroboraient cette tendance. Entre candidats présents, nous regardions alors les scores de chacun, et plus particulièrement les résultats extraordinaires, comme ceux de Blaise Vionnet, un nouveau venu chez les Vert’libéraux, qui se profilait à la quatrième place, derrière notre conseillère nationale et deux députés; un excellent signe pour les communales et cantonales à venir.

De mon côté, j’étais par contre particulièrement déçu du faible résultat pour mon parti dans mon district (–0,44 points par rapport à 2011), alors que nous avions créé une section et que les membres étaient particulièrement bien actifs. C’est un signal négatif pour les cantonales de 2017. Malgré tout, notre section est jeune et nous avons encore deux ans pour convaincre les Chablaisiens de nos idées qui peuvent sembler trop innovantes, notamment lorsque nous militons pour la réalisation d’un monorail aérien pour décongestionner Villeneuve ou quand nous œuvrons pour la mise en place d’une solution de covoiturage en parallèle à l’offre des transports publics.

Finalement, à 18h45, heure à laquelle j’écris ces lignes, notre équipe est réunie au stamm et se félicite du travail effectué ces dernières semaines. Les visages sont éclairés, même si les signes de la fatigue des dernières semaines s’y lisent.

Nous pourrons bientôt (mais pas trop vite) rejoindre nos pénates et dormir du sommeil du juste avec le sentiment du devoir accompli. Demain, une nouvelle vie commence. Une vie plus normale où je pourrai enfin prendre plus de temps pour ma famille ainsi que pour mon entreprise, et, pour ne pas l’oublier car c’est tout de même nécessaire pour un bon équilibre psychologique, ma vie privée!» (C. Z.)


Blaise Fasel (PDC, Fribourg)

J’arrive à midi à Forum Fribourg, où la Chancellerie d’Etat va annoncer les résultats. Aux côtés des candidats qui se rassemblent progressivement, les citoyens déambulent tranquillement et profitent de la dernière journée d’exposition de la Foire de Fribourg.

Premier arrêt au stand du PDC à la foire. L’ambiance y est encore décontractée. Les premières communes, petites et rurales, commencent à rendre leurs résultats. Le PDC est traditionnellement fort dans ses bastions de la campagne, et l’humeur des militants s’en ressent. Les rires sont nombreux.

Vers 13h30, je me retire dans la salle de conférences réservée au PDC, pour répertorier les résultats, commune par commune. Une tendance se dessine clairement dans la Sarine, la Singine et la Gruyère: nous y progressons de façon importante. Ma première réaction est la surprise. «Est-ce que j’ai bien calculé?» Mais les chiffres ne trompent pas: la courbe est cassée et le PDC remonte. C’est inespéré!

A 17h, la tension est à son comble. La tendance positive du PDC s’est confirmée, mais le second siège au Conseil national est dans la balance. Tous les partis et les journalistes sont rassemblés dans la grande halle des résultats. Je suis optimiste, mais la nervosité monte. Et j’ai la gorge sèche. A la bonne heure: une candidate Jeune PDC m’offre un verre d’eau. Nous regardons l’écran et attendons le retour de la ville de Fribourg.

Et le résultat définitif tombe: les deux sièges sont au sec, et le PDC progresse de 2,4% (du jamais-vu depuis 1970). Les Jeunes PDC pointent à 2,7%. Je suis aux anges! (M. G.)


Lisa Mazzone (Verts, Genève)

Le jour fatidique arrive enfin, après des mois de campagne. Cette période a mis à l’épreuve mes émotions autant qu’elle m’a enrichie. Des débats contradictoires aux rencontres sur le terrain, j’ai consolidé ma connaissance des dossiers fédéraux et partagé discussions et sourires dans les rues de Genève.

En devenant candidate en novembre de l’année dernière, je savais la tâche ardue et ma position délicate, comme présidente d’un parti dont le second siège est menacé. Ce matin, j’enfile donc ma carapace des grands jours, solidifiée pour l’occasion.

Mes amis, qui ont partagé avec moi les montagnes russes de la campagne, m’attendent pour découvrir les résultats. Ambiance fébrile dans un café sicilien de la place, où les rires et les douceurs me portent. Nous sommes accrochés à l’ordinateur qui livrera bientôt les résultats, immortalisés par une journaliste de la RTS qui m’accompagne durant cet après-midi.

14h30: Nous apprenons que le peuple place Liliane Maury Pasquier et Robert Cramer en tête. Sourires et premières joies.

Le temps passe, léger et heureux malgré le couperet prêt à tomber.

15h30: Les paroles de la chancelière sonnent la fin de l’attente: nous perdons notre second siège et je suis élue au Conseil national. Tout se mélange en moi, de la déception à la joie, tandis que mes amis m’embrassent.

Tourbillon. J’enfourche mon vélo pour rejoindre Uni-Mail et la valse des plateaux télé et interviews radio m’emporte. (O. F.)

Mattea Meyer  (PS, Zurich)

Mattea Meyer répond au téléphone dans l’euphorie. Il est presque 21 heures et les résultats définitifs viennent de tomber à Zurich. La candidate socialiste est élue au conseil national et son parti a décroché neuf sièges, soit deux supplémentaires. L’ambiance bat son plein à l’autre bout du fil. Mattea Meyer célèbre la victoire du PS au restaurant Certo à Zurich. «Je suis tellement tellement contente» clame-t-elle aussitôt. Mais la discussion est déjà interrompue par un ami qui la félicite.

Elle reprend le téléphone pour nous raconter sa journée. Elle a rejoint le restaurant italien, qui accueille la fête officielle du parti zurichois, à 17h. « Il y a tous les membres du PS et de très bons amis», précise-t-elle. «Deux sièges de plus au national ! C’est génial, je suis subjuguée ».

La candidate de Winterthour a passé la matinée avec deux copines, « c’était plus facile de ne pas être seule», avoue-t-elle. Elles ont été prendre le brunch chez Dini Mueter, une petite échoppe zurichoise. « Puis j’ai été au secrétariat du parti à Winterthour. Nous avons attendus les résultats, avant de rejoindre l’ensemble du PS au Certo à Zurich.» L’euphorie et la musique prennent le pas sur les analyses politiques. Nous laissons la candidate, fraîchement élue, rejoindre ses compagnons de parti. (S. H.)

Grégory Logean (UDC, Valais)

Vers 11h, je rencontre une journaliste qui suivra ma journée. C’est ma première prise de contact pour cette journée électorale. Les premières tendances sont bonnes, tant le plan national que régional. Une demi-heure plus tard, nous rejoignons mon quartier général, le Relais des Reines à Vex. La bonne humeur et l’enthousiasme sont au rendez-vous. Première commune du Valais romand à tomber : Icogne. Un score moyen en ce qui me concerne. Un peu plus tard, les projections de ma commune, Hérémence, arrivent. Elles dépassent mes attentes : 635 voix pour moi contre 322 quatre ans plus tôt ! Dans les autres communes du district, mon résultat est également encourageant. Puis, vient le temps des interviews. Très vite, il apparaît que l’UDC fera deux sièges en Valais, l’un dans le Haut avec Franz Ruppen, et l’autre dans le Valais central. Au fil des heures, nous comprenons que mon colistier Jean-Luc Addor sera très certainement premier de liste. Cette tendance se confirmera, surtout avec le résultat de sa commune, Savièse. Certes, c’est une déception personnelle. L’enjeu pour moi, désormais, c’est le résultat global du parti. Là, la satisfaction est de mise et j’ai le sentiment du devoir accompli. Avec l’ensemble des candidats UDC, nous avons réussi, malgré l’absence de notre locomotive Oskar Freysinger, à conquérir un second siège en Valais. Et sur le plan suisse, c’est un gain de onze fauteuils pour notre parti.

Au terme de cette belle aventure humaine, je tiens à remercier ma famille, mon comité de campagne, ma commune, mon district et l’ensemble des personnes qui m’ont soutenu en Valais durant cette campagne. Au vu de mon résultat dans ma vallée, j’ai maintenant à coeur de poursuivre, avec énergie, mon mandat au parlement valaisan. Et les dossiers importants ne manquent pas. A moins de 29 ans, mon avenir politique est devant moi. (X. L.)

Nicolas Ruedin (PLR, Neuchâtel)

Tout nouveau sur la scène politique, député depuis seulement deux ans et demi, le libéral-radical Nicolas Ruedin n'est pas passé loin de l'élection au Conseil national. Il termine second de la liste PLR, à 1621 suffrages du nouvel élu Philippe Bauer. L'ancien basketteur n'en a pas perdu son flegme.

"Ma journée a été calme, j'ai passé la matinée avec mes enfants. Je n'ai pris le train pour Neuchâtel qu'à 15h11. Après un bref passage au stamm du parti, où on servait une raclette, que je n'ai pas mangée, nous sommes montés avec tous les candidats au Château." Pour devoir patienter, la chancellerie ne parvenant pas à produire les résultats. "Les informations nous disaient pourtant que le dépouillement s'est fait normalement dans les communes, le bug informatique est ici, au canton." Et de pester, de prendre un verre de blanc pour tuer le temps. "On nous interroge aux radios et nous ne pouvons que meubler, dire qu'il faut attendre." Nicolas Ruedin regrette qu'une nouvelle fois, "nous ayons failli passer pour les ploucs". Fort heureusement, en début de soirée, le bug informatique a été réparé.

S'il a pu espérer la victoire en début d'après-midi, Nicolas Ruedin n'est pas déçu, "sinon de voir le PLR perdre le siège que Neuchâtel doit abandonner". Il dit avoir obtenu un bon résultat personnel. "Et je suis encore jeune, d'autres occasions se présenteront", même s'il sait que désormais, il risque de ne plus y avoir de place à prendre pour un libéral-radical neuchâtelois avant pas mal de temps.

"Cette campagne a été très riche et instructive. J'espère en tirer parti, en accédant à des commissions importantes du Grand Conseil. Mon résultat renforce aussi ma position de vice-président du parti cantonal."