■ 6h30 La nuit semble avoir été calme. Dans une demi-heure, le groupe UDC a prévu de se retrouver une dernière fois, avant le vote qui commence à 8h00. Le premier siège à être repourvu sera celui de Doris Leuthard. C’est après que les choses sérieuses vont commencer, avec celui d’Eveline Widmer-Schlumpf . S’appuyant sur les consignes de vote données par les partis, plusieurs analystes penchaient hier soir pour un statu quo du Conseil fédéral, la seule nouveauté venant du successeur de Micheline Calmy-Rey. C’était hier soir... ■Minuit Ambiance plutôt calme au Bellevue. On aperçoit d’anciens élus, comme le PLR Claude Ruey ou le popiste Josef Zyziadis. Le hall, qui bourdonnait il y a encore une heure, commence à se vider. Les serveurs ramassent les chopes de bière, les techniciens démontent les studios improvisés. Les fêtards décidés à jouer les prolongations se déplacent vers le bar et son célèbre fumoir. On est déjà mercredi. Dans quelques heures, les affaires sérieuses commencent. Le nouveau Conseil fédéral dévoilera son visage. ■22h57 Esther Mamarbachi a de la classe, qui descend les escaliers, sur tapis rouge, du Bellevue, comme à Cannes. «Infrarouge» commence. Levrat versus Parmelin. Mix & Remix dessine des horreurs. Jean-François Rime dit que ceux qui vont réfléchir vont donner un deuxième siège à l’UDC. Hansjörg Walter confirme qu’il attaquera le siège du PBD. Uuf tütsch. Ça choque le président du PS. «Douze ans au parlement et pas un mot de français.» Konkordanz, rétorque Mix. ■22h46 Plus jeune élu du parlement avec ses 24 ans, Mathias Reynard pend un «énorme plaisir» à se trouver au cœur de l’action politique. Pour sa première nuit des longs couteaux, le socialiste valaisan prend les choses avec recul. A quelques minutes de passer au maquillage pour participer à l’émission Infrarouge de la TSR, il s’amuse d’une soirée «mythifiée par les médias» durant laquelle, somme toute, «il ne se passe pas grand-chose». Mais, précise-t-il, «c’est une chouette soirée». Il sait déjà pour quel candidat socialiste il va voter mercredi. Mais il le garde pour lui… ou presque. «Tout le monde me dit que je vais voter Maillard, alors… mais je n’en sais rien.» Va-t-il jouer les prolongations après l’émission? «Non, je vais boire une bière et aller me coucher. Il faut que je sois en forme demain.» ■22h45 Hans Fehr, UDC zurichois, sort du Bellevue. Se rend-il, lui aussi, à la réunion discrète des pontes de l’UDC, dans les bureaux de Ueli Maurer? Sa réponse au Temps qui l’interpelle: «Je vais au bar de l’hôtel Bern. Mais peut-être mes collègues sont-ils en train de chanter une berceuse à nos candidats!». Rire du conseiller national. ■22h00 Christoph Blocher, Adrian Amstutz et Hansjörg Walter sont entrés discrètement dans les locaux du Département fédéral de la défense du ministre UDC Ueli Maurer, à côté du Palais fédéral, vers 22h00. Hansjörg Walter nous confie que les pontes du parti se sont donné rendez-vous dans le bureau du ministre UDC pour discuter des dernières questions qui doivent être réglées: le parti attaquera t-il un siège PLR? Est-il prêt à entrer dans l’opposition? Qu’en pense Ueli Maurer? ■21h57 Sur RSI LA 2, la notte dei lungi coltelli. Le Vert vaudois Christian van Singer fait de la retape pour son poulain Maillard dans un débat de fort belle tenue. Il dit que son expérience exécutive est irremplaçable et chante ses réussites avec sa collègue du Conseil d’Etat, euh… Euh… Le blanc horrible. «De Quattro» se risque naturellement un Tessinois qui a de l’oreille. Non, Lyon, on dit, Anne-Catherine, voilà la collègue socialiste de PYM. Personne ne s’en est souvenu. ■21h27 Christoph et Silvia Blocher arrivent à l’Hôtel Bellevue vers 21h 30 après avoir dîné dans un restaurant puis fait une ballade incognito sous les arcades de le vielle-ville de Berne. Aucun garde du corps à l’horizon. Le tourniquet de l’hôtel à peine franchi, l’éminence grise de l’UDC est entouré par plusieurs dizaines de curieux et une caméra de Blick.ch. Il refuse les interviews et s’engouffre dans un ascenseur. Pressés de question, il ironise sur l’omniprésence des médias puis disparaît en direction des étages supérieurs. Pour recevoir les cadres du parti? Dans le hall bondé du Palace, ils sont tous là. Le candidat officiel Hansjörg Walter répond aux questions d’un journaliste alémanique. Même Bruno Zuppiger est présent. Installé au bar, très détendu, le champion déchu de l’UDC devise avec Chris von Rohr, chanteur très connu outre-Sarine. A 21h45, Christoph Blocher quitte le Bellevue. Sans un mot pour ses collègues de parti. ■20h16 Tablée PLR au Zimmermania, un restaurant de la vieille ville, avec Fathi Derder et Olivier Français. Ambiance: le candidat UDC Hansjörg Walter a été bon lors des auditions, très radical, finalement, mais il n’a aucune chance, certains UDC durs ne voteront même pas pour lui… ■19h45 Fulvio Pelli, le président du PLR, vient de terminer sa raclette assis au bar du Lötschberg avec le secrétaire romand du parti. Détendu, il assure porter peu d’intérêt à l’agitation médiatique entourant la «Nuit des longs couteaux». Le Tessinois a bu de la petite arvine – celle de son collègue libéral-radical Jean-René Germanier? Fulvio Pelli précise – mais peut-on le croire? – qu’il n’a, «cette fois-ci», pas rendez-vous avec Christoph Blocher. Il s’apprête en revanche à participer aux émissions de la SSR à l’hôtel Bellevue… Quelques minutes plus tôt, le président du PS Christian Levrat critiquait à Forum, l’émission de la radio romande, «le gigantesque cirque organisé par la SSR». Avec une promesse: «Il n’y aura pas une seule personne qui changera d’avis cette nuit.» ■18h34 Croisé seul sur la place Fédérale, sous une pluie fine, le candidat de l’UDC Hansjörg Walter indique qu’il va aller manger seul, quelque part au centre, avant de participer aux dernières tractations. «J’attends un téléphone de Christoph Blocher. Le comité directeur de l’UDC va encore se réunir ce soir tard.» Parmi les questions qui doivent encore être décidées: l’UDC attaquera-t-elle le siège de Johann Schneider-Ammann? Hansjörg Walter: «Je n’ai encore pas complètement décidé». ■ 18h30 C’est parti pour une nouvelle «Nuit des longs couteaux». Avant chaque élection au Conseil fédéral, Berne est en ébullition. Tractations, jeu de poker menteur et dernières tentatives de persuasion se trament dans les restaurants et hôtels de la ville. Et tout particulièrement au Bellevue. Ambiance de complot? Pas forcément. Les parlementaires ont en principe déjà affiné leur stratégie. Et si des présidents de parti ont encore besoin de se faire quelques promesses (par exemple pour sauver un de leurs ministres), ils choisiront de le faire discrètement, à l’abri des caméras. Mais des surprises peuvent se produire… «Le Temps» a choisi de vous raconter le déroulé de cette folle nuit. Pourquoi parle-t-on d’ailleurs de «Nuit des longs couteaux», référence à un épisode tragique de l’Allemagne hitlérienne de 1934? L’expression a pris forme à partir de l’élection de 1973, quand trois candidats officiels (le socialiste Arthur Schmid, le PDC Enrico Franzoni et le radical Henri Schmitt) furent coiffés au poteau par trois candidats surprise (Georges-André Chevallaz, Willi Ritschard et Hans Hürlimann). Puis, a pris tout son sens en 1983, lors de l’éviction inattendue de la socialiste Liliane Uchtenhagen. La non-réélection de Christoph Blocher en 2007 a aussi contribué à populariser la locution, que beaucoup jugent exagérée.