Evénement

La dernière table de Benoît Violier

Le «Club Cigare» avait prévu de se réunir mardi soir à l'Hôtel de Ville. Ce dîner de soutien très «select» est maintenu. Pour ses amis, Benoît Violier avait imaginé un menu sicilien 

«Malgré les circonstances, la rencontre du Club Cigare est assurée.» Le message est signé Brigitte Violier, femme du chef décédé dimanche matin. Les destinataires sont Pierre Keller, président des vins vaudois, Nino Cananiello, restaurateur, Pierre Kaelin, entrepreneur et syndic d’Ecublens, le banquier Pierre Henchoz et une petite vingtaine de personnalités du monde des finances et de l’industrie. Depuis quinze ans que le club existe, ces «amis de l’Hôtel de Ville» se réunissent dix soirs par an, sous un thème précis. Il y a quelques mois, le Club pleurait l’un des siens, Philippe Rochat. Il s’apprêtait à fêter mardi le jeune chef de la maison, Filipe Fonseca Pinheiro, qui remportait la semaine dernière la finale suisse du Bocuse d’Or.

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Benoît Violier a toujours visé l’excellence et son menu du 2 février aux saveurs siciliennes n’allait pas y déroger. Mûries sur l’île italienne, les premières tomates de la saison étaient arrivées en cuisine, l’agneau et les vins de terres volcaniques étaient commandés. Selon la coutume, le chef étoilé et ses commis introduiraient la soirée par une présentation du thème culinaire, mais ne se joindraient à l’équipe qu’en fin de repas. Benoît Violier, comme Philippe Rochat, ne fumait pas le cigare, mais en appréciait l’odeur.

En 2002, comme geste de soutien au restaurant de Philippe Rochat, ses amis avaient chacun acquis un casier à cigares dans la maison de Crissier. «Nous avons alors créé un club un peu «select», explique son président Christian Pilloud. «Il a un côté exclusif qui correspond bien à ce que défend l’Hôtel de Ville.»

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Christian Pilloud pense parler pour tous lorsqu’il soutient que «la thèse du suicide de Benoît n’est pas crédible». «Avec la force qu’on lui connaissait, ses projets, sa vitalité, on ne peut pas croire à un tel acte, ça ne lui ressemble tout simplement pas! Nous privilégions la thèse de l’accident».

Le restaurant ouvrira donc ses portes mardi, après son habituelle fermeture du dimanche et lundi. Nino Cananiello, propriétaire du restaurant de Dorigny soutient ce choix d’une voix émue. «Tout seul, on n’est rien. Pour que l’équipe tienne, il fallait qu’elle rouvre».

L’avenir à l’Hôtel de Ville

Sans personnalité forte à sa tête, l’Hôtel de Ville saura-t-il seulement survivre? André Kudelski, l’un des quatre actionnaires de l’Hôtel de Ville de Crissier avec Vera Michalski, Andreas Hoffmann et le mécène argovien Franz Wassmer se veut confiant sur le devenir de l’institution gastronomique. «La grande force de Benoît Violier a été de savoir faire émerger de nouveaux talents et son équipe recèle aujourd’hui un nombre impressionnant d’étoiles. Notre objectif sera de rester dans ce qu’a toujours voulu Benoît: l’excellence et l’innovation». Pour l’industriel suisse, il ne fait pas de doute: la légende de l’Hôtel de Ville va perdurer. «L’équipe est remarquable et nous leur faisons entièrement confiance pour garder le restaurant à son niveau actuel. Vous savez, cette équipe est à sa façon Benoît Violier.»

Mais le syndic de Crissier, Michel Tendon est inquiet. «La Municipalité de Crissier espère et souhaite que le restaurant perdure. C’est une fantastique équipe, mais c’est aussi une PME de cinquante personnes, et ce serait terrible que l’aventure ne s’achève.»

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