Campagnes politiques

Le dernier-né des mouvements citoyens

Le mouvement Courage civil s’est formé en marge de la campagne contre l’initiative d’autodétermination. Il a l’ambition de mobiliser en dehors de la politique classique, et aussi au-delà de la population jeune et citadine

De l’initiative pour l’interdiction des minarets en 2009 à «No Billag» en 2018, de nombreuses votations ont irrité une large partie de la population, s’insurgeant contre un parti, l’UDC, dont la machine de guerre bien huilée a souvent pris ses adversaires conventionnels au dépourvu. Opération Libero ou Facteur de protection D sont deux exemples de mouvements nés en réaction aux initiatives de ce parti. Voici le dernier-né: Courage civil, lancé en novembre 2018 dans le but de lutter contre «des attaques répétées contre la Constitution et l’Etat de droit».

Lire aussi notre temps fort: En Valais, le triomphe d’Appel Citoyen

Le mouvement voit le jour à l’instigation de l’expert en communication et ancien journaliste Mark Balsiger, auteur de plusieurs ouvrages sur les campagnes politiques. Ce Bernois était déjà connu outre-Sarine pour son engagement pour le sauvetage du quotidien Der Bund et contre «No Billag». Parmi les membres fondateurs figurent également l’ancien directeur de swissinfo.ch Peter Schibli ou l’actuel président de Max Havelaar, Hans-Peter Fricker.

Le mouvement entend s’engager sur la préservation de l’Etat de droit, le maintien du réseau international de la Suisse et la promotion de médias de qualité. En reprenant la page Facebook des opposants à «No Billag», Courage civil a pu bénéficier d’un coup de pouce de départ, puisque celle-ci cumule 28 000 mentions «j’aime», autant que l’Opération Libero. Malgré cela, le mouvement est encore dans sa phase initiale, sans moyens financiers et ne s’appuyant que sur des bénévoles.

Lire également: Les grands enjeux de la Constituante valaisanne

Il compte cependant sur une approche pragmatique et modérée pour fédérer largement. «Au premier abord, nous ressemblons à Opération Libero. Mais nous adoptons un autre ton.» Mark Balsiger espère convaincre des gens de toutes les générations et parvenir à sortir du cercle des progressistes urbains.

La crise des partis conventionnels

Il constate en outre que les acteurs traditionnels – les partis, mais également les fédérations comme les syndicats – ne parviennent plus à mobiliser au-delà de leurs sympathisants. «Les partis ont vu leur nombre fondre depuis les années 1990: ils ont perdu entre un tiers et un quart de leurs adhérents.» Pour Mark Balsiger, cela démontre clairement un affaiblissement, face auquel les mouvements comme Courage civil se posent en alternative. «Cela n’empêche pas des alliances ad hoc avec les structures traditionnelles, puisque nous n’avons pas vocation à nous impliquer dans des élections, mais à mobiliser autour de thèmes qui nous paraissent centraux.»

Lire encore: Ce qui ne marche plus dans le système politique suisse

Le fait de ne pas avoir d’appétit électoral permet également de rassembler plus largement. «Les partis sont toujours soupçonnés de vouloir gagner des sièges ou d’utiliser des campagnes à des fins électorales. Ils sont en campagne électorale permanente», défend Mark Balsiger. C’est d’ailleurs justement ce que Courage civil reproche à l’UDC de faire régulièrement. Mark Balsiger s’attend d’ailleurs à ce que le référendum contre la nouvelle loi sur les armes se transforme également en plateforme en vue des élections fédérales de 2019. Sera-ce le prochain cheval de bataille de Courage civil? «Hier soir, le comité directoire s’est prononcé en faveur d’une campagne d’opposition au référendum, car celui-ci attaque les acquis de Schengen. Mais nous devons d’abord consulter notre base.»


Consulter les articles de notre cause: La Suisse, laboratoire politique

Notre éditorial sur la crise des partis: Le sursaut nécessaire des partis politiques

Publicité