Jura

Les derniers déchets chimiques ont été déterrés de Bonfol

La décharge ajoulote n’est bientôt plus qu’un mauvais souvenir. En un peu plus de six ans, la chimie bâloise a évacué et incinéré en Allemagne et en Belgique 202 000 tonnes de déchets et d’argile polluée. Reste à déconstruire les infrastructures et reboiser

L’événement était prévu en juin. Mais l’ultime poche contenant des déchets chimiques, dans la glaisière de Bonfol, était plus profonde qu’escompté. Ce n’est que lundi dernier 29 août, six ans et demi après les premiers coups de grappin, que les derniers kilos des 114 000 tonnes de déchets toxiques entreposés pêle-mêle entre 1961 et 1975 ont été excavés.

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Les huit entreprises chimiques bâloises responsables de la décharge, réunies au sein de bci-Betriebs AG, le canton du Jura et la commune de Bonfol ont célébré l’événement vendredi. Sobrement, tous se félicitant de l’assainissement réussi, vantant «l’excellente collaboration» entre les acteurs, a dit le ministre David Eray, ayant déjà oublié les innombrables bras de fer et champs de tension qui ont marqué le long processus précédant les travaux, entre 2000 et 2010.

Au final, ce sont 202 204 tonnes qui ont été sorties de la glaisière ajoulote, car beaucoup de terre et de gravats souillés étaient mêlés aux déchets. Il reste encore 4000 tonnes à traiter et à mettre en conteneur pour les évacuer vers les fours industriels d’incinération en Allemagne et en Belgique. De plus, 84 000 tonnes de matériau argileux plus légèrement contaminées ont été également excavées et éliminées en cimenterie.

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380 millions de francs

L’assainissement du site ajoulot n’est pas terminé. Il s’agira de décontaminer la halle hermétique montée sur place, une infrastructure gigantesque suspendue à des arches métalliques de 40 mètres de haut et 150 mètres de portée. Puis de tout démonter, pour ensuite remblayer la glaisière vidée et reboiser. Ce devrait être fait d’ici à 2018-2019. Une association locale souhaite réaliser un mémorial. Une surveillance durant dix ans sera opérée pour s’assurer qu’il n’y a plus aucune trace des déchets.

Le directeur de bci-Betriebs AG, Michael Fischer, a confirmé le montant de la facture globale: 380 millions de francs, entièrement pris en charge par les entreprises chimiques.

Deux dossiers encore à régler

Restent deux dossiers délicats à régler. Il faut vérifier qu’il n’y a pas de contamination des lentilles sableuses en profondeur.

La dernière partie ne se joue pas à Bonfol. La chimie bâloise va certes payer l’entier de la facture, selon un accord conclu en 2005 avec le canton du Jura, mais elle veut que soit tranchée la répartition des responsabilités, notamment celle de la commune de Bonfol. Le canton du Jura a fait une proposition, soumise à l’Office fédéral de l’environnement. Le ministre David Eray ne veut pas en dévoiler le contenu.

La répartition théorique du cas de Bonfol pourrait faire office de jurisprudence pour d’autres situations d’assainissement de décharges. Encore que, si tout le monde se félicite de la réussite jurassienne, et notamment de la ténacité du canton qui a tenu tête aux géants de la chimie, on se garde de faire de Bonfol un modèle transposable ailleurs. «Il s’agissait ici d’un assainissement spécifique, avec 98% de déchets chimiques entreposés sans inventaire précis, où la sécurité devait être maximale. Notre programme ne peut pas être répété tel quel sur une autre décharge», avertit Michael Fischer.

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