Le long de l'avenue de la Gare, Sion s'accroche à ses drapeaux olympiques comme à de saintes reliques. En haut de l'artère, une belle villa italianisante entourée d'un grand parc apparaît comme le cœur de la déprime. Depuis un an, le staff de la candidature de Sion pour les Jeux olympiques de 2006 en a fait son quartier général. Les Valaisans l'appellent la villa de Riedmatten, parce qu'elle a été léguée à l'Etat par la célèbre famille haut-valaisanne. Officiellement, elle porte le nom de son premier propriétaire qui l'a érigée au milieu du siècle dernier: le préfet de Loèche Franz Julier. «Peut-être qu'elle reprendra le nom de maison Julier pour nous aider à oublier les plaies olympiques», plaisante un fonctionnaire de l'Office des bâtiments valaisans.

Ici, il n'y a en effet pas de vie après Séoul. Dans le jardin qui s'était donné des airs olympiques, les drapeaux rouge et blanc sont en berne. Çà et là, de pauvres vaches aux couleurs de Sion, venues de Zurich égayer l'endroit pour ce qui devait être une fête, ont piètre mine, immobiles au milieu de la pelouse. Quelques berlines noires prêtées par un sponsor sont encore garées dans l'allée, mais la maison est presque déserte. Dans le hall, le panneau digital qui indiquait en compte à rebours les jours qui séparaient l'équipe de la décision du 19 juin a été débranché. On ferme.

A l'étage, un homme – un seul – fait ses cartons. C'est Jan Roelofsen, le responsable communication-marketing de Sion 2006, l'un des 23 locataires sur le départ. Il nous reçoit au rez-de-chaussée, dans la salle de conférence, derrière le mur principal de l'étage couvert des portraits des membres du CIO que personne ne semble vouloir dépendre. Jan Roelofsen est Hollandais. «Sion 2006 m'a recruté il y a deux ans. Je travaillais pour Swisscom. Quand on m'a proposé le poste de responsable Communication Marketing, je n'y croyais pas. Moi qui ne suis ni Valaisan, ni Suisse, ni catholique! J'ai refusé, à cause de ma famille qui vit à Soleure. Mais mon épouse m'a fait changer d'avis.» Et pendant deux ans, le Hollandais a tout donné pour que la Suisse obtienne les Jeux. «La Suisse, c'est le pays où j'ai vécu le plus longtemps. De la Hollande, je n'ai plus qu'un passeport.» Plus pour longtemps: le Soleurois attend patiemment sa naturalisation depuis décembre dernier. «J'étais un de ceux qui trouvaient ridicule de faire voter les Suisses pour tout et pour rien. Aujourd'hui, je revois mon jugement: la démocratie suisse est un modèle. Et sa structure fédérale est un exemple pour l'Europe, on ne le dira jamais assez.»

Réussir l'Expo.01

Il tient à préciser que même s'il travaillait pour Sion 2006, il croit fermement à Expo.01: «Pendant la phase de candidature, nous étions parfois concurrents pour l'obtention de contrats de sponsoring. Mais maintenant, c'est différent. Nous n'avons pas à conseiller nos anciens sponsors, ce n'est pas notre rôle. Je crois qu'Expo.01 peut être une réponse à la situation actuelle. Elle devra parler de cette difficulté qu'a la Suisse à se faire aimer de l'étranger tout en incitant les Suisses à plus d'ouverture. C'est la seule grande fête qu'il nous reste. Il faut la réussir.»

Après le verdict

Jan Roelofsen a fêté ses 49 ans à Séoul. Parmi d'autres activités, il était chargé du buffet et de la décoration à l'Hôtel Sofitel, réservé pour la délégation suisse. Le 19 juin, alors qu'on attendait le verdict, tout était prêt pour fêter la victoire. Huit cents ballons aux couleurs olympiques devaient éclater et libérer des plumes aux quatre coins du ballroom de l'hôtel coréen où étaient réunis deux cents invités. Le grand jeu. Des films surprises étaient prêts à être diffusés. «Quand Juan Antonio Samaranch a prononcé «Torino», j'étais dans la régie, le doigt sur la détente. Je me suis effondré. Je n'ai pas eu le courage de diffuser le film prévu en cas de défaite: le logo de Sion 2006 qui chute sous des bouquets de feux d'artifice implosants. Le spot de la victoire passé à l'envers en quelque sorte. Je suis monté dans ma chambre et j'ai téléphoné à ma famille. Il ne faut pas le cacher: nous avons pleuré comme des enfants.»

Dans la villa de Riedmatten, Jan Roelofsen regarde avec dépit autour de lui: «Ça a été dur de revenir. Tout est triste. Vous savez, on travaillait tard le soir, on finissait parfois par faire la fête, on dansait sur les chaises à la cuisine, nous étions une merveilleuse équipe, pleine d'énergie. Il n'y a jamais eu de routine et il n'y en aurait probablement jamais eu jusqu'en 2006.»

Et maintenant? Sa tête est encore à Séoul, il analyse encore et encore les causes de la défaite. Ses vacances dans son appartement de Veysonnaz lui permettront d'envisager l'avenir. Mercredi matin, Jan Roelofsen a repris contact avec Swisscom qui lui avait accordé un congé non payé: «Je suis un de ceux qui ont la chance d'avoir encore du travail. Mais je ne suis pas sûr de retrouver un poste aussi intéressant qu'avant mon départ.»