Effectuer un test à domicile pour savoir si l’on est porteur du virus, c’est possible dès aujourd’hui. Disponibles en pharmacie, les autotests comportent néanmoins une fiabilité moins importante que les tests PCR. Ils n’offrent pas non plus les mêmes prérogatives. Un résultat négatif n’autorise en effet pas à voyager ni à sortir de quarantaine. Quel est donc leur but? Donner une première indication de l’état d’une personne à l’instant T et faire office de «pré-tri» alors que deux tiers des Suisses ne se sont jamais fait tester.

Imperfection de détection

Si les autotests ressemblent aux tests rapides, le mode de prélèvement, lui, diffère. «Au lieu d’un frottis souple, on a un frottis rigide qui ne s’enfonce pas aussi profondément», précise Laurent Kaiser, médecin-chef du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève. Pour compenser l’imprécision du prélèvement, il est recommandé de frotter plusieurs fois et dans les deux narines. «La sensibilité étant de l’ordre de 80 à 90%, les personnes qui ont une charge virale un peu moindre risquent de passer en dessous du radar.» Autre limite: la qualité du prélèvement qui ne peut pas être contrôlée comme dans un laboratoire. «Si on ne frotte pas assez fort ou si on oublie d’effectuer le frottis des deux côtés, le résultat peut être biaisé», note Laurent Kaiser, soulignant encore le problème de lecture des tests quand ils sont faiblement positifs.

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Comment contrôler la distribution? Officiellement, chaque personne a droit à 5 tests, d’une valeur de 60 francs, par mois, gratuits sur présentation d’une carte d’assurance maladie. Le pharmacien ne peut toutefois pas vérifier si le client qui se présente a déjà acheté un kit, seule la caisse maladie le saura et facturera le surplus de tests à l’assuré. «Si le client se procure un deuxième kit et ne le paie pas, la pharmacie devra assumer la facture», déplore Thomas Bläsi, député UDC et gérant d’une petite pharmacie à Genève. Il ne craint toutefois pas une ruée. «Il y aura peut-être un effet d’emballement au départ, mais ce que les gens veulent ce sont des tests qui leur permettent de partir en vacances.»

Obstacle financier

Destinés avant tout aux personnes qui ne présentent pas de symptômes, les autotests ont vocation à devenir un «réflexe» dans la stratégie de lutte contre le Covid-19. «Si on veut que cette campagne de dépistage ait un sens, les autotests devraient être pratiqués de manière régulière, deux fois par semaine idéalement», estime Laurent Kaiser. C’est là que le bât blesse, étant donné que seuls 5 tests par mois sont pris en charge. Selon le spécialiste, l’obstacle financier risque de freiner la mise en place de cette stratégie. «Il reste par ailleurs un travail énorme à effectuer sur les dépistages dans les lieux ciblés, les institutions de soins, les EMS ou encore les écoles. D’un canton à l’autre, les pratiques diffèrent, ce qui complique la stratégie de contrôle à l’échelle nationale.» Alors que la troisième vague se profile, «avec des personnes âgées mieux protégées mais un virus plus agressif», il reste très difficile, selon Laurent Kaiser, de prévoir l’impact des autotests sur les courbes épidémiques.