Revue de presse

Derrière les nouveaux projets de la RTS, la vieille rivalité Lausanne-Genève

Le déménagement possible d’une partie de la rédaction de la RTS vers le campus de l’EPFL ranime le débat sur le fédéralisme, et sur la place des villes en Suisse romande

C’est peu dire que la nouvelle du déménagement possible, à l’horizon 2024, des équipes en charge de l’actualité à Lausanne provoque un tsunami au bout du Léman. Le ton du communiqué de l’exécutif genevois – tombé avant même l’annonce de la RTS – était déjà incisif, et son signataire, Antonio Hodgers, président du gouvernement, était très remonté dans Forum sur La Première, hier soir.

Perte d’une activité historique à Genève, conséquences sur l’emploi aux abords de la tour RTS, éloignement des centres de décision médiatique, risque d’uniformité («Si vous mettez tous les journalistes au même endroit, ils auront tendance à avoir le même regard») et sentiment de trahison, après le vote de confiance sur «No Billag»: «Dans cinq ou dix ans, si la population est de nouveau amenée à voter, je ne suis pas sûr que le soutien sera aussi large», laisse planer le conseiller d'Etat dans la Tribune de Genève.

Lire: Genève prend très mal le départ programmé de la RTS

Un appauvrissement, un «trend très négatif» pour Genève s’est aussi désolée ce matin Sandrine Salerno, conseillère administrative de la ville sur Radio Lac. Sur Twitter, l’ancien maire Manuel Tornare est aussi lapidaire: ‏ «C’est le commencement du démantèlement de la TV à Genève. Au nom du fédéralisme, on se battra; jusqu’à la grève de la redevance, s’il le faut.» «J’avais voté non à «No Billag»… Je me sens trahi», abonde un certain Riro.

Une RTS profitant de la faible forme du gouvernement genevois

«En passant, la RTS profite de la faible forme du Conseil d’Etat de Genève pour sortir un projet de centralisation de l’info à Lausanne», note le vert Matthias Bürcher.

Il est frappant de constater que malgré la prudence du directeur général, Pascal Crittin, qui a rappelé qu’il s’agissait d’une «vision» qui devait encore être confirmée par la SSR, le projet est massivement considéré comme déjà entériné. Et les Genevois de rappeler la fermeture de La Suisse, le départ du Temps en 2015, celui d’une bonne partie de la Tribune de Genève en 2017:

Le déménagement de l’info est en partie justifié par des raisons budgétaires. «Marrant. Pendant la campagne #NoBillag, un des arguments des opposants était justement tous les emplois indirects créés par la tour RTS à Genève. Ce n’est pas parce que cela existe aujourd’hui qu’il en sera de même demain. Ah les belles promesses», se moque Louise Morand sur Twitter, approuvée par Nicolas Jutzet, un des initiateurs de «No Billag».

Lausanne-Genève, la guerre larvée

Mais c’est surtout la rivalité Lausanne-Genève qui ressurgit dans les commentaires, avec en toile de fond la question du fédéralisme. «La RTS quitte la Genève internationale où il se passe toujours quelque chose, qui est parfois au centre des décisions diplomatiques pour une ville provinciale. Rappelons que Genève est la 2e ville du pays en nombre d’habitants et en termes de rayonnement. Genève et son agglo, c’est 500 000 habitants dans une aire urbaine de 1 million. Lausanne et son agglo: 400 000. Il aurait été plus logique que Lausanne hérite du sport alors que la ville abrite le CIO et que l’UEFA est sur La Côte vaudoise», se désole une lectrice de la Tribune «Ridicule, vous imaginez TF1 quitter Paris pour Clermont-Ferrand?» claque un autre lecteur. «Certes, EPFL = innovation. Et puis, le voisinage du Learning Center, ça doit faire tellement plus chic que celui d’Uni-Mail… Mais l’innovation existe aussi à Genève (Campus Biotech, qui a aussi des activités de numérisation de l’information, Fintech Fusion, etc.).

Enfin, Genève n’est pas tout à fait un désert informationnel non plus, et pour un journaliste, la proximité des sources, ça compte aussi… De plus, EPFL = accès de plus en plus difficile (métro bondé, routes congestionnées). Pour des journalistes et des invités, c’est la galère que de s’y rendre aux heures de pointe», note le journaliste Yves Genier sur Facebook.

Les rupestres contre-attaquent

Du côté des partisans de Lausanne, on ne ne manque pas non plus d’arguments. «Pour avoir des invités qui viennent de toute la Suisse romande et de Berne, c’est quand même un sacré argument d’être au cœur de la Suisse romande et non dans une excroissance romande excentrée», plaisante un internaute sur Facebook. La spécificité genevoise est aussi pointée du doigt: «Du point de vue de l’entier de la Suisse romande sauf Genève, Genève n’est pas le bon endroit pour y mettre l’information car c’est décentré de la Suisse romande tant géographiquement que culturellement», juge l’UDC jurassien Ruben Ramchurn, toujours sur Facebook. «Il y a des journalistes de la RSR décentralisés dans tous les cantons de Suisse romande pour suivre l’actualité locale. Donc le centre n’a pas besoin de se trouver au milieu de la Suisse romande. Lausanne et Genève sont toujours en concurrence, celui qui l’emporte est celui qui suit le mieux les affaires, qui est le mieux organisé, le plus proactif, le plus volontaire. Visiblement, ces flux se sont inversés depuis quelques années entre les deux cantons», lui répond l’ancien journaliste Jean-Charles Magnin.

Ceux qui renvoient les deux villes dos à dos

Sur le site de 20 minutes, c’est la curée. «Lausanne ou Genève, c’est kif-kif, écrit un internaute. Dommage qu’ils ne délocalisent pas à NE/FR/VS ou JU… Ils auraient découvert que la Romandie ne se limite pas à Genève et Lausanne.» «Quelle tristesse Genève. Ceux qui s’acharnent à la couler à coup de blocages, de querelles intestines, de râlements incessants sont en train de parvenir à leurs fins. Merci aux Genevois pour le manque de soutien et d’ambition pour leur ville. Ils seront les seuls responsables de leur chute», se lamente un autre.

«Le fédéralisme, la diversité ne sont pas qu’une question de bureaux», a pourtant insisté le directeur général de la SSR, Gilles Marchand, au téléjournal, insistant sur le fait que les économies demandées par «No Billag» se feraient d’abord sur les murs pour protéger les emplois.

50 millions pour rénover la Tour

Se pose alors la question des moyens. «La RTS a dépensé 50 millions de francs pour rénover sa tour à Genève, rappelle Gabriel Sigrist sur Facebook. Puis elle a annoncé des investissements de plus de 100 millions de francs – en plein débat sur son financement – pour construire un «campus» à Lausanne. Et maintenant elle explique qu’elle doit «réduire ses surfaces immobilières» pour faire des économies, et donc centraliser la production des contenus.

Comment ne pas désespérer l’opinion avec une telle gestion? La prochaine votation sur la redevance s’annonce vraiment difficile…» commente le fondateur de Largeur.com, un brin fataliste.


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