Derrière les portes, des requérants

Asile La Confédération a organisé une visite bilan du site des Rochats, dans le Jura vaudois

Depuis mai, l’ancienne caserne soulage Vallorbe face au fort afflux de migrants

Aux Rochats, 1164 mètres d’altitude dans le Jura vaudois, paradis des randonneurs à pied, à vélo et à skis de fond, une ancienne caserne de l’armée accueille des requérants d’asile qui débarquent en Suisse. Le soleil brille sur la peau des vaches. L’automne colore la montagne. Des voix et des idiomes improbables dans ce coin perdu défient les tronçonneuses des bûcherons. Un trio de ressortissants d’Afrique de l’Ouest rigole en ramassant les feuilles mortes derrière les grillages.

L’Office fédéral des migrations (ODM) invitait les médias mardi pour une visite de lieux habituellement inaccessibles. Dans un contexte où l’asile polarise toujours l’opinion publique et les partis, l’ODM a livré un bilan après quelques mois d’exploitation. A entendre les responsables, tout va bien, malgré les craintes qui entourent toujours l’ouverture d’un nouvel établissement.

Depuis mai de cette année, le cantonnement désaffecté sur la commune de Provence a été transformé en succursale du centre fédéral d’enregistrement de Vallorbe, situé à cinquante minutes de voiture. Le fort afflux de migrants a contraint la Confédération à ouvrir de nouvelles structures pour le traitement des demandes avant de répartir les requérants dans les cantons. Le camp militaire pourra accueillir 120 personnes jusqu’en 2017, des hommes et des femmes célibataires. Actuellement, on dénombre une centaine de résidents.

Bernard Mosnier dirige la visite en zigzaguant entre les hôtes étonnés des Rochats. Le responsable de l’encadrement avec neuf collaborateurs de la société ORS, spécialiste du secteur, parcourt les intérieurs: briques rouges, portes et fenêtres en métal vert. C’est fonctionnel et propre.

A l’étage, un long couloir aligne les chambres de 24 places chacune. Dans l’une des pièces, les vêtements flottent sur les lits superposés. Des hommes somnolent ou se cachent sous les duvets jaunes. D’autres font leur toilette comme si de rien n’était.

Au sous-sol, se concentrent enfin les salles pour la lecture, le bricolage, des cours de français ou les jeux. Vides à l’heure de la visite.

Bernard Mosnier rappelle la nécessité des programmes d’occupation pour des personnes en attente de connaître leur destin. Une attente «trop longue», répètent les migrants contraints de prendre leur mal en patience. Un match de football dans la cour du centre s’anime. On dribble pieds nus entre cris et jurons. Un début de dispute est rapidement maîtrisé par les Securitas présents.

Nombreux dans l’enceinte et ses environs, les agents ne dévoileront pas l’effectif engagé aux Rochats. Des patrouilles circulent sur les routes et dans les villages voisins. Cet été, ils ont poussé leurs rondes jusqu’à la plage du lac de Neuchâtel. Les candidats à l’asile sont libres de quitter le centre de 9 à 17 heures. Des cars postaux assurent des liaisons quotidiennes. Une desserte exceptionnelle a été négociée pour le week-end. Par contre, l’hiver risque de rendre les allées et venues plus difficiles car la neige tombe en abondance.

Afin d’atténuer la rigueur de la saison et de la caserne, l’Aravoh va ouvrir à proximité du centre d’ici à la mi-novembre un local qu’il loue à l’armée. Depuis 2000, l’association de bénévoles offre à Vallorbe un accompagnement aux migrants. Elle fera de même aux Rochats. Dix-sept habitants de la région se sont déjà portés volontaires, indique Yvette Fishman, vice-présidente.

Environ 200 personnes ont manifesté mardi soir à Lausanne leur soutien à des requérants d’asile érythréens. Scandant «Stop bunker. Nous avons besoin d’air frais», ils ont protesté contre les conditions d’hébergement dans les abris de protection civile. LT

Au sous-sol se trouvent les salles pour la lecture, le bricolage, des cours de français ou les jeux