A l'instar du canton de Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds est enlisée dans un marasme financier jugé «grave» par le nouveau responsable de la trésorerie, le socialiste Laurent Kurth. Le budget 2005 prévoit un déficit de 14,8 millions (4,4% des charges). L'exécutif de la troisième ville de Suisse romande (37 287 habitants, -87 en 2004) a dû limiter les ambitions de son programme de législature. Premier exercice du genre, qui illustre le renouveau d'un Conseil affranchi de l'influence du patriarche Charles Augsburger, parti en été 2004 après 24 ans de pouvoir dont 16 à la présidence.

«Jusqu'ici, la planification était un assemblage de projets émanant des services, explique l'actuelle présidente popiste, Claudine Stähli-Wolf. Nous avons cette fois élaboré un concept pour la ville, fruit du travail d'un collège.» C'est la vertu première du programme d'intentions présenté lundi: il montre que l'exécutif sorti des urnes en juin 2004 fonctionne, malgré l'éventail des forces qui le compose, du POP à l'UDC. «Seul l'intérêt de la ville compte, explique Pierre Hainard. J'estime plus efficace d'exprimer mon avis dans le débat, sachant que je dois composer avec une majorité de gauche, plutôt que faire de l'obstruction systématique.» L'élu UDC cautionne ainsi le programme. Y découvre-t-on sa patte? «Certains projets ont été revus à la baisse», dit-il, s'appliquant à réduire les dépenses au quotidien. Il a limité les opérations de déneigement, en particulier l'évacuation par camions. Sur le «Pod», la neige est entassée au centre de l'avenue. Les organisateurs de carnaval devront composer avec!

Concordance de circonstance

La cohésion de l'exécutif chaux-de-fonnier est confirmée par Laurent Kurth: «Les difficultés poussent à la concordance. Le débat est parfois vif, mais chacun se retrouve dans les décisions prises. Les votes sont rares. L'intérêt de la ville prime sur les thèses partisanes.»

L'exécutif a décidé de miser sur le patrimoine pour forger la notoriété de La Chaux-de-Fonds. «La ville dispose d'un patrimoine urbanistique et industriel exceptionnel», lit-on dans le programme de législature. Sa mise en valeur passe par l'inscription de la ville au patrimoine de l'Unesco, par l'intérêt exprimé pour Le Corbusier et ses villas et par la promotion de la ville en damier.

La Chaux-de-Fonds entend aussi se profiler dans le réseau urbain neuchâtelois, comme pôle de l'Arc jurassien franco-suisse, et accélérer le rapprochement avec Le Locle. Et la fusion? «Une étude a été réalisée et sera dévoilée le 14 avril. C'est là que les élus des deux villes prendront une position forte. C'eût été arrogant de voir La Chaux-de-Fonds décréter la fusion», commente Laurent Kurth.

Parmi les projets recensés, celui du Crêt-du-Locle mérite la mention. Trait d'union entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle, il héberge le parc technologique Neode (lire ci-dessus). L'objectif est d'en faire un secteur urbanisé exemplaire, qui intègre les liaisons routières, les activités économiques, l'habitat et les zones de verdure.