Les enfants ont repris l’école le 11 mai. Reste à renvoyer les collégiens (gymnasiens) en classe. L’affaire n’est pas mince. Le Conseil fédéral avait certes annoncé, fin avril, que les cantons pourraient organiser une rentrée le 8 juin. Depuis, élèves, enseignants et parents sont à la recherche d’informations officielles. A Genève, elles ne viennent toujours pas.

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«Nous attendons un cadre qui sera fixé par le médecin cantonal et la direction générale, et nous vous donnerons des informations plus précises dès que nous en aurons», écrivait la présidente de la Conférence des directrices et directeurs du Collège de Genève aux élèves, le 23 avril. Il est vrai que le canton est suspendu aux décisions que doit communiquer Berne, le 27 mai. Un certain désarroi gagne cependant les esprits. Dans les familles où les autres membres ont repris leur activité, certains collégiens ont le sentiment de faire du surplace.

Il manque un cap

Le problème ne réside plus dans l’enseignement en vidéo. A Genève comme ailleurs, sa mise en place a certes connu des ratés, mais le système est désormais rodé. Ce qui manque, c’est un cap, à entendre plusieurs adolescents. D’autant que la date de rentrée est évolutive. «A partir du lundi 8 juin 2020, il se pourrait que certains maîtres vous demandent de vous rendre au collège, et ceci en respectant scrupuleusement les conditions sanitaires actuelles (maximum de quatre élèves par classe, respect des distances, etc.)», a communiqué à ses collégiens le directeur d’un établissement de la rive gauche.

Un conditionnel d’autant moins motivant que la fin officielle des cours est fixée au 15 juin. La décision d’annuler les épreuves de fin d’année amollit encore l’ardeur au travail de ceux qui sont déjà promus.

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«Flou total»

«Je partage totalement les interrogations des élèves et des parents, lance Christophe Ebener, professeur de biologie au Collège Voltaire et membre du bureau de l’Union du corps enseignant secondaire genevois. J’ai moi-même «perdu» la moitié de mes élèves depuis l’annonce de l’annulation des examens. Le Département de l’instruction publique (DIP) s’agite, mais n’a aucune vision. C’est le flou total. Nous nous retrouvons donc à prendre totalement en charge les inquiétudes des élèves.»

Le syndicat qu’il représente a proposé d’utiliser le temps dévolu aux corrections et aux conseils de classe, entre le 15 et le 26 juin, à des cours de remise à niveau. «Nous attendons un retour du DIP. Mais depuis le début de la crise, le Département ne consulte pas les associations professionnelles», regrette-t-il.

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Un plan en cinq pages

Voici qui devrait rassurer l’enseignant: le plan de déconfinement de l’enseignement secondaire II (ES II) existe bel et bien. Nous avons lu ce document de cinq pages envoyé la semaine dernière aux responsables des établissements. Ces directives prennent bien en compte la période courant jusqu’au 26 juin. «L’essentiel pour l’ES II, dit l’introduction, doit se focaliser sur le retour au bien-être de chacun.e, sur l’élaboration de solutions individualisées, et sur une approche modulaire qui permette à la fois d’entrer dans de bonnes conditions dans des formations subséquentes, ou de poursuivre dans une filière de l’ES II un parcours consolidé et rassurant.»

Selon la situation de l’élève (diplômé des classes terminales ou en échec à ce même stade, promu en année supérieure ou en échec), ce plan détaille les enseignements envisagés: permanence de consolidation, d’accompagnement ou d’appui, conseils personnalisés et réorientations. Auront-ils lieu en «présentiel»? «Le télétravail doit – pour autant que cela soit possible – continuer à être privilégié», répond le document.

«Les cours, dès le 8 juin, prennent des formes multiples, résume Pierre-Antoine Preti, secrétaire général adjoint chargé de communication: cours en ligne, cours de remise à niveau, cours de préparation à l’entrée à l’uni, cours de mise à niveau des nouvelles notions, etc. Donc tous les élèves seront convoqués à une forme ou une autre de cours, en fonction de leurs besoins, selon le principe de l’individualisation, jusqu’au 26 juin.» Ils prépareront la «vraie» rentrée du 24 août qui, «pendant quelques semaines, sera un temps de remise à niveau et de reconstruction des habitudes scolaires», continue le porte-parole.

Pas de gagnants

Concernant le sentiment d’être les perdants de ce confinement et la perte de motivation qui s’ensuit, «la conseillère d’Etat comprend les émotions que cette situation de crise a pu provoquer chez les élèves, assure le porte-parole. Dans cette situation inédite, il n’y a effectivement pas eu de gagnants. En quelques jours, il a fallu mettre sur pied une école à distance. Ce sont des trésors d’imagination dont ont fait preuve les écoles et les enseignants pour élaborer des solutions alternatives et délivrer les titres. En parallèle de cet engagement fort des équipes du DIP, cette situation a demandé un investissement inhabituel aux élèves et à leurs familles. Il nous appartient à tous de retourner vers la normalité en toute sécurité.»

Conclusion d’Anne Emery-Torracinta, conseillère d’Etat: «La motivation se situe à la frontière entre le désir d’apprendre et le besoin de relever des défis. Si la motivation s’effondre dans une situation de crise, c’est un problème de nature personnelle, pas structurelle ni conjoncturelle. C’est pour cela que nous sommes si attentifs aux situations individuelles, avec un très fort suivi de toutes les équipes, notamment médico-psy. Les enseignants ont fait au mieux pour aborder de nouvelles notions, avancer dans le programme et créer une intelligence collective même dématérialisée. Il était difficile de faire beaucoup mieux.

Cela dit, la démotivation est surtout ici déclenchée par les phénomènes d’isolement et de désocialisation, mais le retour à une forme de normalité va aider à retrouver un nouvel élan. D’ailleurs, nous recevons beaucoup de messages de remerciements, et à part quelques plaintes qui statistiquement sont incontournables, nous voyons plutôt de l’enthousiasme et de la résilience à l’œuvre dans cette période particulière.»