A Lausanne, la Caisse de pensions du personnel communal a préféré prendre les devants. En juillet, le fonds de prévoyance du chef-lieu vaudois a annoncé un virage stratégique conséquent avec l’adoption d’une nouvelle politique d’investissement responsable qui vise une réduction substantielle de l’empreinte carbone de son portefeuille d’actions et une meilleure intégration des critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG). Exit donc les investissements dans des sociétés actives dans la production de charbon thermique, l’électricité à base de charbon, la production de pétrole et de gaz thermique. Exit aussi les produits financiers liés au secteur de l’armement dans son intégralité. Pour implémenter cette nouvelle stratégie, le fonds lausannois a dû revoir l’ensemble de ses investissements, un exercice qui aura nécessité près de deux ans de travail et un changement complet de culture d’entreprise.

D’ici 2021, la caisse de pension lausannoise réorientera les quelque 8 millions de francs qu’elle détient encore dans des sociétés actives dans la production d’armement, soit 0,3% de sa fortune globale (2,5 milliards en 2019). Une préoccupation marginale en comparaison du virage carbone opéré par la caisse. Mais couplée aux objectifs de durabilité, cette politique d’exclusion du secteur de l’armement peut avoir valeur d’exemplarité. «Notre démarche prouve qu’il est parfaitement possible pour un pays comme la Suisse de se désengager de l’armement sans que cela ne fasse peser un risque financier sur nos institutions», s’enthousiasme le syndic de Lausanne, le socialiste Grégoire Junod.

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Un cadre légal restrictif

En excluant la totalité́ du secteur de l’armement, la caisse lausannoise va plus loin que la loi actuelle, qui interdit le financement, la fabrication ou le commerce d’armes nucléaires, biologiques et chimiques, de mines antipersonnel ainsi que d’armes à sous-munitions. Et c’est précisément cette interdiction stricte que vise l’initiative populaire «Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre», portée par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et les Jeunes Verts.

Si les électeurs avalisent ce texte le 29 novembre prochain, alors la Banque nationale suisse (BNS), les fondations, les assurances sociales (AVS et AI) ainsi que les institutions de prévoyance devraient repenser leur portefeuille d’investissement puisqu’elles ne pourraient plus financer des entreprises qui réalisent plus de 5% du chiffre d’affaires avec la production de matériel destiné à l’industrie de la défense. Il s’agirait du cadre légal le plus restrictif du monde. «Il faut des pionniers et la Suisse est une candidate idéale avec sa neutralité, sa tradition humanitaire et sa volonté d’une politique forte en faveur de la paix au niveau international. D’ailleurs, le Conseil fédéral a réaffirmé que la finance durable était un atout pour la place financière helvétique. Il faut donc prendre des mesures en ce sens», argue Thomas Bruchez, cosecrétaire du GSsA.

Difficultés de mise en œuvre

Au «joli titre et aux bons sentiments» de cette initiative, le vert’libéral vaudois François Pointet oppose la réalité d’une mise en œuvre extrêmement laborieuse pour les institutions de prévoyance. Celles-ci investissent souvent dans des fonds indiciels internationaux qui, par leur gestion passive, offrent l’avantage de contenir les frais de gestion tout en garantissant un rendement intéressant.

«Le problème, c’est que ces fonds ne se soucieront pas de prescriptions qui ne s’appliqueront qu’en Suisse. Nos institutions devront donc s’assurer que le chiffre d’affaires de chacune des entreprises contenues dans ces indices n’atteint pas le seuil de 5%, leur charge administrative annuelle sera énorme», avance le membre du comité d’opposition, qui rallie tous les partis à l’exception du camp rose-vert. En conséquence de cette réduction des possibilités de diversification des produits financiers, les opposants craignent une moins bonne résistance au risque pour les caisses de prévoyance.

Une gestion propre

Pour résoudre ce casse-tête administratif et minimiser le risque de diminution des rendements, la Caisse de pensions du personnel communal lausannois a privilégié une refonte complète de son portefeuille d’investissement. «Nous avons décidé de monter un fonds dédié pour implémenter avec finesse la nouvelle stratégie de la caisse. Cela engendre un léger surcoût, mais cela reste supportable pour une caisse de pension de notre taille», analyse Jean-Pierre Steiner. Le responsable financier de la caisse de pension reconnaît toutefois que ce type de démarche pourrait être plus difficile à mettre en place pour des fonds de prévoyance de taille plus modeste dans la mesure où il existe un socle de coûts fixe et incompressible.

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