En matière de maternité et de paternité, il y a un grand écart entre les souhaits et la réalité. Selon la première enquête de l’Office fédéral de la statistique (OFS) consacrée aux familles et aux générations, qui a été présentée mardi à Berne, deux tiers des jeunes de 20 à 29 ans disent souhaiter avoir deux enfants. Si les désirs de chacun se concrétisaient, il y aurait en Suisse une moyenne de 2,2 enfants par femme, soit suffisamment pour renouveler les générations. La moyenne effective avoisine 1,5 enfant par femme, un chiffre stable depuis le milieu des années 1970.

Même si comparaison n’est pas raison, comme le souligne Yvon Csonka, responsable des analyses thématiques et des enquêtes à l’OFS, les souhaits des 20 à 29 ans et la réalité des 50-59 ans illustrent ce décalage. Les premiers ne sont que 7% à ne pas vouloir d’enfants et 2% à en désirer un seul. Dans les faits, 16% des femmes quinquagénaires n’ont qu’un enfant et 20% n’en ont pas. Selon l’OFS, cette situation s’explique par différentes variables: les femmes n’ont pas trouvé le partenaire approprié, elles ont rencontré des difficultés à concilier vies professionnelle et familiale ou l’un des membres du couple souffrait d’infertilité.

Ce n’est pas une condition pour «s’épanouir»

Le niveau d’éducation a un impact sur le nombre de maternités. Les femmes de 50 à 59 ans disposant d’une formation supérieure restent sans progéniture dans 30% des cas. La proportion retombe à 17% pour les femmes disposant d’une formation de niveau secondaire (maturité ou apprentissage) et même à 13% pour celles qui ont quitté l’école au terme de la scolarité obligatoire. L’absence d’enfant est un phénomène répandu: 19% des femmes et 21% des hommes de 50 à 80 ans n’ont pas d’enfant adoptif ou biologique. L’OFS ne dispose pas de chiffres comparatifs avec d’autres pays.

Le niveau d’éducation joue aussi un rôle sur les motivations qui poussent un couple à créer une famille. Les Suisses disposant d’un diplôme du tertiaire soulignent que la qualité de la relation avec leur partenaire influe fortement sur leur décision d’avoir un (autre) enfant: 87% des hommes et 80% des femmes avancent cet argument. Pour les personnes sans formation postobligatoire, la relation avec le partenaire revêt beaucoup moins d’importance: seuls 45% des hommes et 20% des femmes en tiennent compte de manière prioritaire lorsqu’ils décident d’avoir un enfant.

Une majorité de Suisses disposant d’une formation supérieure considère qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants «pour être heureux et s’épanouir dans la vie» (67%). Seule une minorité des personnes qui n’ont effectué que l’école obligatoire (41%) défend ce point de vue. L’OFS explique cette différence par de meilleures perspectives de carrière et des loisirs plus variés pour la première catégorie, ce qui les pousse «à accorder moins d’importance aux enfants dans leur épanouissement personnel».

Réalisée en 2013 sur un échantillon de 17 288 personnes de 15 à 79 ans, l’enquête de l’OFS met également en évidence la meilleure acceptation du travail des femmes. Dans une précédente étude réalisée entre 1994 et 1995, 61% des hommes estimaient qu’un enfant en âge préscolaire souffre du fait que sa mère travaille. Ils n’étaient plus que 44% il y a deux ans.

Parmi les femmes, la proportion est passée de 49 à 33%. L’enquête gagnera en intérêt quand tous ses résultats seront mis en perspective. Ce sera le cas dans cinq ans: le deuxième sondage thématique sur les familles sera réalisé en 2018 et présenté en 2020.