La police vaudoise a annoncé vendredi avoir démantelé ce printemps deux bandes de délinquants mineurs, tous domiciliés à Yverdon-les-Bains. Trente-cinq jeunes, âgés de 13 à 18 ans, auteurs de 150 infractions entre 1997 et 1998 principalement en ville, ont été interpellés puis relaxés.

Seize d'entre eux sont Suisses, les autres, immigrés portugais, yougoslaves ou italiens. Ils ont endommagé des véhicules, jetant des pierres, rayant les carrosseries, cassant des vitres latérales, arrachant des rétroviseurs, ou donnant des coups de pied. Ils ont aussi commis des dégâts aux immeubles ou dans les cabines téléphoniques à coups de spray. Une dizaine d'incendies leur sont imputés, notamment des feux de cyclomoteurs qu'ils avaient volés. L'enquête a justement démarré après une série de petits incendies intentionnels lors desquels des jeunes avaient été vus non loin des lieux. Les dommages sont estimés à plusieurs centaines de milliers de francs.

Les jeunes sont également poursuivis pour des vols avec et sans effraction, des vols à l'étalage, et pour certains, consommation de drogue. Le président du Tribunal des mineurs, Philippe Hüsser, précise avoir affaire à de petites alliances occasionnelles, à deux, trois ou quatre, et dont la composition varie au gré des rencontres, plutôt qu'à des bandes organisées.

Les délits ne sont en outre pas circonscrits à certains quartiers défavorisés, mais répartis dans toute la ville, ce qui ne veut pas dire que l'origine sociale n'est pas en cause. «Bien sûr que c'est lié à la précarité, à la vie urbaine, à l'égoïsme et à la perte de la solidarité. On sent bien que les parents sont dépassés», observe le président. Limitée à des déprédations contre le matériel, et ne comportant pas de brigandage, la violence démontrée ici est relative. Il n'empêche. Cette petite délinquance juvénile et groupée n'est pas spécifique à la ville d'Yverdon, puisque Payerne, Berne, Neuchâtel, Genève ou Fribourg y ont aussi été confrontées. Elle est cependant suffisamment présente pour que les services concernés par la jeunesse dans la cité des bains l'estiment inquiétante.

Jean-Bernard Badan, assistant social au Centre social régional d'Yverdon, succursale du Service de protection de la jeunesse, suit deux des jeunes en question: «Ce sont des enfants en déshérence. Ces situations sont en augmentation. Il y a d'une part les familles étrangères qui peinent à s'adapter et interdisent à leurs enfants de s'adapter, d'où leur forte opposition avec eux. D'autre part, il y a les Suisses ou immigrés de longue date qui vivent de telles conditions socio-professionnelles qu'ils n'arrivent pas à s'occuper de leurs enfants.» Il cite l'exemple des mères seules qui travaillent sur appel, et gagnent 2000 francs par mois. «Tous ces enfants errent, cherchent l'encadrement, nous collent aux basques. Quand je les traite avec sévérité, ils me disent: «Merci, Monsieur». Certains demandent même clairement que l'on s'occupe de leurs parents.»

Face à ces situations explosives, la Ville a consenti récemment un crédit de 110 000 francs par an pour engager un éducateur de rue, mais continue curieusement de fermer son seul centre de loisirs, le Check-Point, pendant tout l'été. Philippe Roncière, responsable du lieu, observe d'ailleurs qu'un franc par jeune et par semaine pour financer des activités, «ce n'est pas réaliste».

Il ne faut pas grand-chose pour les «récupérer»

Mehdi Messadi, l'éducateur de rue en fonction depuis le 1er juin, travaille en dialoguant: «Il n'y a pas un culte de la violence. Mais je vois beaucoup de gentils qui veulent se la jouer. Aux yeux du groupe, c'est valorisant de commettre un délit. Les films n'y sont pas pour rien. Lorsque j'emmène une équipe en forêt, je les vois changer, s'adoucir. Ils ont un potentiel. Il faut s'occuper d'eux, sinon ils pètent les plombs et deviennent vite de petits délinquants.» Jean-Bernard Badan estime aussi qu'il ne faut pas grand-chose pour les «récupérer»: «Nous n'avons le temps de répondre qu'à la moitié de la demande. Or la maltraitance se reproduit, et les prisons coûtent cher. Quand un enfant grandit, il ne peut pas attendre que la situation économique soit arrangée.»