Une radiologue imprudente est condamnée

Genève Verdict renversé en appel dans l’affaire d’un faux diagnostic de cancer du sein

Devant la justice

Renversement de situation à Genève pour un médecin radiologue qui avait oublié d’étiqueter un flacon contenant des tissus malins. Utilisé par un autre praticien, le mélange avait abouti à un diagnostic erroné de cancer agressif du sein pour une patiente jeune et en bonne santé soumise ensuite à des traitements massifs. Les juges d’appel ont annulé l’acquittement initial et reconnu la doctoresse coupable de lésions corporelles simples par négligence. Cette dernière est condamnée à 30 jours-amendes avec sursis pour une faute qualifiée en soi de légère même si ses conséquences ont été graves.

Double imprudence

Dans son arrêt, reçu le 6 juillet par les parties, la Chambre pénale d’appel et de révision retient que la radiologue a commis une double imprudence. La première en omettant d’étiqueter un des deux flacons et de s’assurer de l’acheminement correct jusqu’au laboratoire, elle a créé un risque pour sa propre patiente et pour ceux des autres médecins de l’institut qui auraient pu réutiliser ledit récipient remis sans doute par erreur dans le tiroir par un nettoyeur ou un technicien.

La seconde en recevant le rapport de la patiente effectivement malade, elle ne s’est pas préoccupée du nombre de fragments analysés. Les juges estiment qu’il aurait été aisé pour la doctoresse de noter le nombre de biopsies effectuées, ce qui lui aurait permis de se rendre compte par la suite de la disparition de certains prélèvements.

Ces deux fautes, estime encore la cour, sont en lien avec le terrible enchaînement qui a suivi et qui a plongé une patiente saine dans l’abîme de l’angoisse, des souffrances physiques et de la dépression. Contrairement au juge de première instance, la Cour d’appel ne conclut pas que les médecins successifs qui sont intervenus pour soigner ce cancer inexistant auraient pu en tout temps arrêter la machine infernale et que leur aveuglement était propre à faire passer l’imprudence initiale de la radiologue au second plan.

Oncologue très responsable

«Même si certains des choix des médecins pourraient prêter à la critique, ils avaient tous de bonnes raisons d’agir comme ils l’ont fait», relève l’arrêt. Du moins, tous ceux qui sont intervenus entre le diagnostic erroné et la tumorectomie blanche. Il n’en va toutefois pas de même de l’oncologue qui a ordonné une chimiothérapie aux conséquences «catastrophiques» après l’opération. Ce dernier aurait dû se poser les bonnes questions car tous les voyants étaient au rouge. «Son absence de réflexion et d’investigation apparaît ainsi d’autant plus invraisemblable», souligne la décision.

Pour les juges, le comportement de cet oncologue – qui n’a jamais été poursuivi – revêt un caractère si exceptionnel qu’il doit être considéré comme seul responsable des lésions apparues postérieurement à sa prise en charge. Ces atteintes sont justement les plus graves puisqu’elles ont entraîné stérilité et détresse psychique. C’est pour cette raison que seules des lésions simples – liées aux cicatrices des opérations – sont finalement retenues à charge de la radiologue.

«On a l’impression que tous les médecins ont fait des erreurs et on punit le seul qui n’ait jamais eu à soigner la plaignante. C’est absurde et nous irons au Tribunal fédéral», réagit Me Nicolas Jeandin, l’avocat de la radiologue. Après sept longues années de procédure, la victime n’en a pas encore terminé avec la justice. Elle est aussi renvoyée à agir au civil pour la réparation du tort matériel et moral découlant de cette épreuve.