Vie animale 

Destiné à être mangé en Chine, le chien Jack est adopté à Lugano

Pour la première fois, un animal qui allait être abattu au Festival de viande canine de Yulin a été accueilli par une famille suisse. D’autres devraient suivre

Jack, une boule de poils blanche tachetée de marron, pleine de vie, y a échappé belle. Le sympathique bâtard a évité de peu le sort que lui réservait la dernière édition du Festival de viande de chien et de chat de Yulin. Un événement qui se tient fin juin depuis dix ans dans la province méridionale chinoise du Guangxi où des milliers de chiens et de chats sont tués pour être mangés.

Si cette manifestation est un «festival des horreurs» pour les défenseurs des animaux, ses organisateurs font valoir que «consommer du chien n’est pas différent de manger du porc ou du bœuf». Et qu’il s’agit d’une tradition millénaire qui, selon la médecine chinoise, est bonne pour la santé et la performance sexuelle des hommes.

Un «village de chiens» a été créé

Jack est maintenant au chaud chez Ramona Achermann, une habitante de Lugano mère de cinq enfants. «Tout se passe très bien, assure la nouvelle maîtresse, après deux semaines de cohabitation. Même s’il peut encore sursauter s’il entend un bruit étrange, il est très affectueux, c’est lui qui réveille les enfants le matin. Il est aussi coquin: il vole les chaussettes du tiroir. Ce sont les chats qui réagissent moins bien, mais ça va déjà mieux.»

Le héros de cette histoire est Davide Acito, 32 ans, Italien d’origine, vivant au Tessin. «Quand j’ai appris l’existence du festival de Yulin, ça m’a choqué, j’ai voulu agir.» Son ONG Action Project Animal a créé, grâce à un don de la styliste italienne Elisabetta Franchi, un «village de chiens» près de Pékin, en mesure d’accueillir une centaine de canidés ayant échappé au festival de Yulin.

Plusieurs de ces bêtes sont volées, indique Davide Acito. La superstition veut que plus un chien a été heureux dans sa vie, plus sa viande aura de bénéfices. «Les contrebandiers se rendent dans les villages, les piquent pour les endormir, les mettent dans un sac avant de s’enfuir à moto. Les chiens se réveillent dans une cage de 1 m² avec sept ou huit autres bêtes.»

«On se dirige vers un monde végane»

«Un gros business, assure-t-il. Le kilo de viande vaut 4 ou 5 francs au Guangxi. Un chien peut être vendu 15 francs. Dans les régions rurales, pour un jeune démuni, ce trafic peut être tentant.» Mais les choses changent vite, observe l’activiste. «La génération qui mange du chien disparaît progressivement. On se dirige vers un monde végane.»

Le chien Jack a été récupéré l’été dernier, sous-alimenté, avec 140 de ses semblables. «Avec des activistes chinois, nous avons négocié leur libération avec des bouchers, ils allaient être abattus le soir même pour le festival de Yulin.» Après quelques mois de quarantaine, pour garantir l’absence de maladies, plusieurs dizaines de canidés ont pris la route des Etats-Unis et de l’Europe, les autres demeurent dans le centre en Chine, où ils sont soignés et remis en forme.

Le coût du sauvetage

L’ONG évite les familles d’accueil chinoises: «Le suivi est plus difficile à garantir et, souvent, elles adoptent un chien pour l’attacher devant leur commerce afin d’éloigner les voleurs.» Jack est le premier chien sauvé de Yulin à être adopté en Suisse, mais d’autres devraient suivre, espère Davide Acito. Même si ces sauvetages ne sont pas bon marché. «La paperasse seule coûte 1000 francs, pour soixante chiens. Les billets d’avion pour l’Europe peuvent s’élever à 400-500 francs par bête, selon son poids et sa taille. Il y a encore les coûts vétérinaires.»

En arrivant en Europe, Jack a été soumis à des contrôles en règle en Italie. En Chine, la rage est toujours présente, même en ville, rappelle Luca Bacciarini, vétérinaire cantonal du Tessin, qui a refait toutes les vérifications nécessaires en Suisse. «Tout était en ordre, Jack avait une puce électronique et un passeport pour animal délivré par les autorités chinoises.» Un vétérinaire tessinois l’a examiné, il est en parfaite santé.

C’est bien de vouloir sauver les bêtes, mais ensuite, il faut qu’elles tombent entre de bonnes mains

Luca Bacciarini, vétérinaire cantonal du Tessin

«Un chien destiné à être mangé, qui a vécu à l’étroit dans une cage pendant longtemps, peut avoir des problèmes de comportement. C’est bien de vouloir sauver les bêtes, mais ensuite, il faut qu’elles tombent entre de bonnes mains», souligne-t-il. Selon lui, faire adopter en Europe des chiens réchappés des abattoirs chinois n’est pas forcément efficace.

«Réclamer la fin d’un festival où des milliers de chiens sont bouillis vivants est une chose.» A titre de précédent, Luca Bacciarini cite le cynodrome (circuit de course pour les lévriers) de Macao, fermé l’an dernier sous la pression des activistes. Quelques centaines de chiens attendent maintenant une nouvelle famille d’accueil. «Faire adopter en Suisse une dizaine de bêtes de Yulin en est une autre, je crains même que des individus n’en tirent profit, «vendant» des chiens à des associations, sans toutefois remettre en question la manifestation.»

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