Le pénitentiaire genevois est un sujet inépuisable. Il a été évoqué au pas de charge mardi à l’occasion du bilan annuel des différents domaines hautement sensibles que sont les conditions d’enfermement, le traitement des délinquants perturbés, l’évaluation du risque, la réinsertion et la planification de nouvelles structures. Pour cette troisième édition, le conseiller d’Etat Pierre Maudet s’est entouré du directeur général de l’Office cantonal de la détention (OCD) et — c’est une première — des chefs des services concernés en lieu et place des directeurs d’établissement.

L’enjeu Curabilis

Les sujets douloureux ne sont jamais loin quand il s’agit d’évoquer l’univers carcéral. L’affectation de l’unité de sociothérapie, qui ne verra finalement jamais le jour au sein de Curabilis, n’a pas encore été décidée. Celle-ci pourrait devenir un autre pavillon ordinaire destiné à l’exécution de mesures institutionnelles et d’internement ou alors accueillir un public plus ciblé en fonction de son genre, de sa pathologie ou de son évolution. La réflexion est en cours et Pierre Maudet n’en dira pas plus.

A la tête du nouveau service qui prend en charge les détenus perturbés et ceux qui sont contraints à un traitement en milieu plus ou moins ouvert, le professeur Panteleimon Giannakopoulos a précisé que «qualité d’écoute et habileté relationnelle» étaient nécessaires au quotidien pour éviter les tensions entre le médical et le sécuritaire. Autre élément important pour Curabilis: le passage des pensionnaires vers plus de liberté. Depuis son ouverture en 2014, onze détenus ont pu quitter l’établissement, dont huit en 2016. Sur ces onze cas, cinq sont toutefois retournés en milieu fermé, dont deux en raison de l’échec des soins et trois dans l’attente de trouver une place en foyer.

Surpopulation contenue

Autre sujet qui fâche, la surpopulation de Champ-Dollon. Celle-ci a été contenue l’an passé entre 550 et 600 détenus (pour 386 et bientôt 398 places) mais une légère hausse se fait sentir, a relevé Philippe Bertschy, le directeur général de l’OCD. On est loin des 900 détenus d’il y a trois ou quatre ans. Les décisions constatant l’indignité des conditions de détention continuent de tomber pour cette période noire. En 2016, 56 requêtes de ce type ont été adressées au Département par des détenus déjà jugés: 24 ont été admises, 10 ont été rejetées sans que l’on sache si un recours a été déposé et 22 cas sont toujours en cours. Durant la même période, huit détenus ont finalement été indemnisés pour un total de 87’500 francs.

Retard résorbé

Qui dit détenus devrait dire suivi, sorties, plan d’exécution de la sanction et réinsertion. Aux commandes du service d’application des peines et mesures (Sapem), Annick Pont Robert a assuré que l’énorme retard pris dans le contrôle annuel de l’évolution des traitements ou encore de la mise en place d’un régime progressif est désormais résorbé. Le service est toujours très sollicité pour toutes sortes de préavis ayant trait à des allégements de peine (75 requêtes en 2016). Deux juristes ont déjà été engagés et deux postes de chefs de secteurs sont prévus.

En bout de chaîne, Raphaël Fragnière, directeur du service de probation et d’insertion (SPI), a la noble mission de mettre en musique un nouveau concept de réinsertion qui mijote depuis déjà deux ans. «On ne va pas réinventer la roue», a souligné Pierre Maudet. Il s’agit plutôt d’aller voir ce qui se fait ailleurs et tenter quelque innovation comme, par exemple, l’axe stratégique intitulé «une meilleure sensibilisation à l’acceptation du renvoi». Le résultat de cette réflexion sera présenté fin novembre lors des Etats généraux de la détention. Rendez-vous est pris.


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