Les frimas de cet hiver exceptionnellement long et rigoureux le feraient presque oublier: le printemps approche à grands pas. Les dirigeants du PDC fribourgeois en ont-ils conscience, eux qui, fin décembre, promettaient un nouveau président pour l'arrivée de la nouvelle saison? Le titulaire du poste, Georges Bouverat, venait alors d'annoncer sa démission avec effet immédiat. Officiellement pour des raisons professionnelles et familiales; officieusement, en raison des nombreux déboires rencontrés par les démocrates-chrétiens sous son règne, long d'un peu moins de trois ans.

Seulement voilà. Pâques approche, et toujours pas de président à l'horizon. Le poste n'intéresse-t-il personne? «Au contraire. Après avoir cerné le profil idéal, nous pouvons désormais compter sur plusieurs candidats valables», rétorque le vice-président Yves Menoud, membre d'un groupe ad hoc chargé de dégoter la perle rare. Mais pour les démocrates-chrétiens, pas question de précipiter le mouvement. «Mieux vaut prendre le temps qu'il faut, nous n'avons pas le droit à l'erreur», poursuit le syndic de La Tour-de-Trême. «De toute façon, fait remarquer de son côté la conseillère d'Etat Isabelle Chassot, également membre du groupe de travail, une vacance de deux mois n'a rien d'exceptionnel. Ça n'entrave nullement le bon fonctionnement du parti.»

Tout irait donc pour le mieux au sein du PDC fribourgeois. Or en réalité, il n'en est rien. Alors que le futur président devra justement «être une personnalité rassembleuse», on assiste à une guerre des clans entre les ailes progressiste et conservatrice du parti, chaque camp cherchant à placer son poulain.

Explication: après le retrait de Georges Bouverat, le PDC fribourgeois a été pris au dépourvu. En effet, son candidat idéal, le conseiller aux Etats Urs Schwaller – naguère intéressé par le fauteuil présidentiel – se désiste. Venant d'ouvrir un bureau d'avocat, il estime manquer de disponibilité – d'autant plus qu'il est pressenti pour succéder à Jean-Michel Cina (ndlr: en partance pour le Conseil d'Etat valaisan) comme chef du groupe PDC aux Chambres fédérales.

Les deux conseillers nationaux Dominique de Buman et Thérèse Meyer n'entrent pas en ligne de compte: l'un est déjà vice-président du PDC suisse et l'autre vient de succéder à Jean-Philippe Maitre au perchoir de la Chambre du peuple. Par ailleurs, les deux vice-présidents cantonaux Anita Brünisholz et Yves Menoud, ainsi que le chef de groupe au Grand Conseil, Jean-Louis Romanens, ne sont pas tentés par l'aventure.

En coulisses, un nom revient néanmoins avec insistance. Celui d'Emanuel Waeber, 47 ans, vice-directeur chez Ernst & Young, à Berne, et président du PDC de la Singine. Ce dernier ne masque pas son intérêt. Toutefois, il estime qu'il est prématuré pour lui de se mettre en avant. «Attendons d'abord le résultat des investigations du groupe de travail», fait-il remarquer, diplomate. Mais à en juger par son enthousiasme, le doute n'est guère permis: si on lui demande de revêtir la fonction, le Singinois ne dira pas non.

«Représentant l'aile progressiste du parti à l'instar d'un Dominique de Buman, intelligent, ouvert, Emanuel Waeber est le candidat idéal, estime un démocrate-chrétien fribourgeois, désireux de garder l'anonymat. Malheureusement, son profil ne semble pas plaire à tout le monde.» Et surtout pas au clan conservateur – plus empreint de catholicisme – regroupé autour d'Isabelle Chassot et d'Anita Brünisholz. Peu désireux de voir le Singinois marcher dans leurs plates-bandes, les «cathos», comme les surnomment leurs rivaux, ont ainsi imaginé une parade: convaincre l'ancienne conseillère nationale et syndique de Châtel-Saint-Denis, Rose-Marie Ducrot, 67 ans, de prendre la présidence. Une personnalité populaire, et qui cadre mieux avec la ligne défendue par sa sœur, la vice-présidente Anita Brünisholz.

Contactée par Le Temps, Rose-Marie Ducrot affiche sa surprise: «Moi, présidente? Comme ça, spontanément, je réponds plutôt non. On ne peut pas être et avoir été, il faut savoir tourner la page.» Une prise de position qui ne convainc guère le membre cité plus haut: «Le cas échéant, elle saura se laisser persuader», parie-t-il. Et si, malgré tout, le refus de la Châteloise était définitif? Le clan conservateur ne laissera certainement pas le champ libre à Emanuel Waeber. Il pourrait lui opposer un autre représentant de son camp. Par exemple l'ancien constituant Claude Schenker, 34 ans. Juriste au DFAE à Berne, ce dernier doute toutefois qu'on fasse appel à lui. Cela ne l'empêche pas de «pouvoir envisager de reprendre le poste, à condition que soit mise en place une vraie équipe, avec qui il est possible de travailler».